[Besançon] L’Est Républicain, du journalisme au règlement de compte


Doubs

Analyse des pratiques de l’Est Républicain à Besançon : choix éditoriaux arbitraires, présentations orientées, mises en scène douteuses, bidouillages flagrants, intimidations, harcèlements et menaces.

En lieu et place d’une information objective présidée par la déontologie, certains journalistes bien établis préféreraient se livrer à d’effarants règlements de comptes idéologiques et personnels. Nous avons ainsi analysé les étranges pratiques du quotidien l’Est Républicain à Besançon, où tous les coups semblent permis contre l’un de ses détracteurs. Aux choix éditoriaux arbitraires et présentations orientées, se sont ajoutées mises en scène douteuses et bidouillages flagrants... mais aussi intimidations, harcèlement et menaces. Alors que la méfiance à l’égard des médias n’a jamais été aussi haute, enquête sur les dérapages d’une référence de la presse régionale française.

Une accusation de menaces de mort.

Notre dossier fait suite à la publication d’un article sur le site « lanceur d’alerte », étant très attachés à la critique des médias dominants. Dans ce cas, c’est le traitement consacré aux détracteurs réels ou présumés du journal l’Est Républicain qui a été illustré dans toute sa partialité. En marge d’un conflit syndical survenu le 30 avril 2021 à Besançon, le dénommé Éric Barbier s’était en effet évertué à dresser un portrait à charge du militant libertaire Toufik-de-Planoise. Une « mise en scène grotesque » pour ce dernier, qui a en effet documenté de nombreux manquements perpétrés à cette occasion. Serait-ce l’arbre qui cache la forêt ? Au-delà du cas déjà examiné par nos confrères, nous avons souhaité creuser le passif surprenant de ce quotidien.

Si la subjectivité de l’Est Républicain quant au dossier Subway a pu questionner, il s’avère que ce type de mise en cause n’est pas la première de ce média. Ainsi le 13 juin 2020 à Besançon, un article signé Serge Lacroix dépeignant une future marche dédiée à George Floyd se plaçait déjà comme un modèle du genre [1]. Alors que les deux premières manifestations locales avaient été ordonnées par des associations citoyennistes, une troisième édition était finalement portée par des partis politiques, syndicats de salariés, mais aussi de nombreux jeunes et habitants de quartiers populaires. Une faute pour le rédacteur qui ne cherche pas à dissimuler son ressentiment, usant d’un ton particulièrement cassant par rapport à la bienveillance des précédents.

Après une accumulation de tournures dépréciatives destinées à salir l’initiative, le gratte-papier va réserver plus d’un tiers du texte au relais de la confidentielle section de SOS Racisme Besançon. Celle-ci s’était fendue d’un post Facebook le 11 juin, expliquant qu’elle ne participerait pas à l’événement puisque elle aurait été la cible de « menaces de mort émanant des organisateurs » [2]. Sur l’identité exacte des auteurs ou la matérialité concrète de telles allégations, personne n’en saura davantage. Mais l’affaire devient une aubaine inespérée pour Serge Lacroix, qui cite et relie insidieusement Toufik-de-Planoise à la prétendue exaction. Sans la moindre preuve, aucune vérification, et en l’absence de tout contradictoire. Alors, qu’en est-il vraiment ?

Tout démarre d’un simple message de l’historien Fabrice Riceputi sur les réseaux sociaux, qui se voulait assez critique de la main jaune [3]. « Je n’étais pas investi sur cette date, mais j’ai blâmé ce qui selon moi était une récupération et un détournement politique depuis la marche des Beurs. J’ai reçu plusieurs centaines de réactions dont près de quatre-vingt commentaires, comme tout était public n’importe qui pouvait contribuer à sa guise… du coup un compte anonyme que je ne connaissais même pas a débarqué pour balancer des insanités, j’ai supprimé ses propos et banni l’intéressé moins d’une heure après son arrivée. Voilà, ni plus ni moins. J’ai ensuite appris le montage qui avait été fait là-dessus, la ficelle était vraiment grosse » indique t-il.

Au point que les victimes elles-mêmes avaient totalement dédouané l’accusé, ainsi que l’illustrent divers échanges privés dès la nuit du 11 au 12 juin 2020 que nous avons pu consulter. Pierre Robert du comité de Besançon affirme par exemple à Toufik-de-Planoise que « je ne parlais pas de vous lorsque je parlais d’insultes et de menaces », quand Lakdar Benharira de la fédération du Jura lui arguait « avoir eu Dominique Sopo au téléphone pour ramener l’équipe de Besançon à la raison, afin d’appeler au rassemblement et partager l’appel » achevant que « P. et F. ont stressé pour un rien. » Comment, dans ces conditions, une personnalité peut se voir attribuer la commission directe ou détournée d’un lourd délit, le tout par un professionnel de presse ?

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Les gilets jaunes en casus belli.

Mais ne se limitant pas aux calomnies, la rédaction de l’Est Républicain ignorera aussi toutes les réclamations ultérieures. « Les éléments leur ont été immédiatement communiqués, mais je n’ai jamais eu de retour. Quand on devient une voix qui compte et qu’on ose contredire ces notables, alors ils exploitent des charges fictives ou douteuses tout en écartant les possibilités de réponses. Ils se permettent tout pour régler des comptes personnels, y compris violer les règles déontologiques les plus élémentaires. Ils savent qu’avec les frais difficiles à avancer pour un simple prolo., leurs avocats surpayés qui examinent le moindre petit vice de forme, et leur camaraderie notoire avec le Parquet, le risque de conséquences est faible » avance Toufik-de-Planoise.

Cela fait dix ans que le jeune homme observe l’Est Républicain, dénonçant ses bidonnages, complaisances droitières, ou collusions policières. Devenue la bête noire du canard, il se transforme en cible médiatique. Son nom et sa vie privée sont ainsi étalés à la vindicte, avec des conséquences importantes. « Durant l’été 2018, j’ai entrepris un recours administratif contre l’arrêté anti-mendicité qui a défrayé la chronique. Le problème c’est que ces crevards se sont permis de balancer mon blase en une, sans un coup de fil ou un message pour demander ou prévenir. Je venais de commencer un contrat en alternance, quand mon nouvel employeur a vu cela il a préféré tout arrêter… il ne voulait pas prendre de risques avec un fouteur de merde potentiel. »

Entre les protagonistes, le torchon brûle donc depuis un moment... mais la situation s’était encore alourdie, prenant même une tournure démesurée. Le 13 avril 2019, un certain Willy Graff, fait-diversier, était viré manu militari de l’acte XXII des gilets jaunes par des participants. En raison, deux mois plus tôt, d’une captation vidéo d’un manifestant, logeant un coup de pied dans un radar, diffusée telle-quelle sans même un floutage de son visage… le tout constituant les seules pièces disponibles au commissariat, propulsant le malheureux figurant en correctionnelle [4]. Le planoisien édicte un pamphlet contre ce comportement blâmable [5], texte considéré par la rédaction locale comme étant le seul élément à l’origine du sort de leur petit protégé.

« Immédiatement ça a été le déchaînement, avec une litanie de messages et de discussions informelles. Comme avec Éric Barbier, responsable local, venu me vociférer dessus le 27 avril [2019] au parc Micaud, afin de m’imputer de prétendues dégradations contre leurs véhicules puis me promettant que j’allais finir par le regretter. Willy Graff s’est fait dégager pour ses actes, aucun des acteurs qui s’en sont pris à lui n’était dans mes contacts ou n’a lu ma prose. Ses dévoiements mettaient en danger tout reporter de terrain, j’assume m’en être distancé par principe et sécurité. Mais c’est plus facile de trouver un bouc-émissaire que de se remettre en question » commente Toufik-de-Planoise, complété par une source qui affirme avoir assisté à la scène.

Toufik-de-Planoise liste les nombreuses atteintes qui se sont dès lors opérées, y compris par des pontes de l’Est Républicain : « Ça part des pressions récurrentes à l’encontre de mon rédacteur en chef quand j’étais correspondant pour Factuel.info, aux savons publics passés sur Facebook à des confrères qui ont eu le tort de marquer leur solidarité quand j’étais attaqué... puis il y a les campagnes de déstabilisation plus puantes, qui confinent aux pratiques de nazillons. Frédéric Jimenez en est la parfaite figuration, même s’il n’est pas le seul : divulgation d’une partie de mon état civil sur Twitter le 2 mai 2019 [6], lancement de rumeurs infondées auprès de tiers jusqu’à début 2020, outrages sur ma personne à l’Université de Franche-Comté en mars 2021... »

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Au pays des barbouzes, l’Est Républicain est roi.

Une attitude ahurissante corroborée par un bousbot, qui s’est entretenu avec Frédéric Jimenez en décembre 2019. « Il ne manque pas une occasion de radoter à qui veut l’entendre qu’extrême-droite et extrême-gauche c’est la même chose, détestant et combattant les deux à l’identique. Un jour il est carrément venu me dire qu’il avait des billes sur Toufik-de-Planoise, contre lequel il admet nourrir une haine singulière. Il ne voulait toutefois rien publier là-dessus officiellement car il avait de gros doutes sur la fiabilité du contenu émanant des flics, mais ça ne l’empêchait pas de propager ces ragots dans le milieu. Pour un gars qui fait la leçon à la terre entière chaque matin, c’est très petit. Personne n’est irréprochable, mais là ça avait pris des proportions atterrantes. »

Même son de cloche du côté des bancs de la fac : « Frédéric Jimenez, notre professeur à l’IUT Infocom’, s’était vanté en plein cours que Toufik-de-Planoise était un rigolo qui lui bouffait dans la main. Franchement, c’était plus que limite de sortir ça devant tout le monde. Alors, je l’ai fait savoir à qui de droit » se remémore cet ex-étudiant. Mais confronté à cette assertion le 17 mars 2021, l’intervenant plaidera un simple imbroglio avant d’adresser un courrier électronique de « mise au point » le 19 mars à toute sa classe. Décidément, ils ne respectent rien ces jeunes. Relevant un « détournement de sa mission pédagogique afin de proférer des discours insultants et diffamatoires », un signalement a depuis été opéré à l’Université de Franche-Comté.

« Si l’Est Républicain avait un minimum d’éthique, les choses auraient pu être équilibrées par ailleurs. Mais même quand quelqu’un de la maison se porte volontaire en ce sens, il est rappelé à l’ordre. Ce fut le cas d’un ancien avec qui j’avais échangé par écrit le 29 octobre 2019, il m’avait sollicité pour poser un regard sur mes divers engagements. Quand il a proposé ça en conférence de rédaction, le gars s’est fait démolir. Il s’en est pris plein les dents, en mode on ne cause pas avec l’ennemi. En droit, cet ensemble a une qualification : le harcèlement moral. Concernant deux individus, une main courante avait été déposée… mais je n’exclus pas de pousser les choses plus loin, maintenant je ne laisserais plus rien passer » tranche Toufik-de-Planoise.

Lequel constate que le travail de sape persiste, n’étant toutefois plus nommément cité par crainte du procès. Une stratégie visible avec l’affaire Seïf en juillet-août 2022 [7], une contre-enquête étayée n’ayant reçue que véhémence et mépris d’un Romuald Ponzoni aboyant contre « les milieux anti-système » qui « attisent la haine » et « cherchent à tout prix un coupable. » Un dédain qui a néanmoins ses limites, comme avec une descente néonazie le 28 août 2022 révélée par Toufik-de-Planoise [8] : « Ils savent où est mon taf pour le piller, incapables de pondre quoi que ce soit d’eux-mêmes. Mais là bizarrement ils ne se sont plus rappelé de mon nom, quand MaCommune.info, France 3 Franche-Comté, ou Ouest-France ont eu cette décence. »

Propriété de la banque Crédit Mutuel, l’Est Républicain - branche du groupe EBRA - vit sous perfusion de subventions publiques et de partenariats commerciaux. Régulièrement taxé de bercer dans le « journalisme de Préfecture », il s’est aussi distingué par des assertions racistes, sexistes, ou hostiles à la gauche. Le 2 octobre dernier, nous avions analysé ses méthodes à propos d’une manifestation antifasciste à Besançon [9]. Ces errements sont parfois sanctionnés par la justice, avec des renvois et condamnations assidus à son palmarès notamment pour « diffamation ». Mais c’est dans la rue que la plateforme reste la plus malmenée, ses représentants essuyant quolibets et agressions lors des mouvements sociaux et dans les quartiers populaires.

E.B., F.J. et W.G.



Notes

[1Serge Lacroix pour l’Est républicain, édition du 13 juin 2020 : « Une manifestation contre « les violences policières » prévue ce samedi à Besançon »

[2SOS Racisme Besançon sur Facebook, publication du 11 juin 2020

[3Fabrice Riceputi sur Facebook, publication du 8 juin 2020

[4Toufik-de-Planoise pour Kawa TV, édition du 19 janvier 2022 : « Besançon, chronique d’un gilet jaune ordinaire »

[5Toufik-de-Planoise sur Facebook, publication du 4 avril 2019

[6Twitter, conversation du 1er mai 2019

[7Toufik-de-Planoise pour CQFD, édition du 2 septembre 2022 : « Seïf, 25 ans, mort on ne sait comment »

[9Dijoncter, édition du 2 octobre 2022 : « L’Est Répugnant, un exemple de journalisme républicain »

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