Du sang bleu dans la street !



« Chaque français verra plus de bleu. »
Matisse ? Yves Klein ?
Non, Emmanuel Macron.

Mettre du bleu dans nos vies

Le ciel ? L’océan ? Les fleurs ?
Non, les flics, les hématomes et les ecchymoses.
Pinot simple flic, dupliqué en milliers d’exemplaires car le président de la république, Emmanuel Macron, milite pour que la vie des français soit « paisible », débarrassée des délinquants. Les villes sont promises à un avenir radieux et ressembleront de plus en plus à des salons funéraires. La loi de sécurité globale, votée le 13 avril à l’assemblée nationale, popularise les techniques d’embaumement sécuritaire et la thanatopraxie sociale a de beaux jours devant elle.
Il suffit donc de la volonté d’un seul homme, sous la cinquième république, pour décréter ouverte l’ère du grand calme. Plus personne dans les rues pour défendre ce qu’il reste de la démocratie, des drones au-dessus des têtes et des chiens à promener pour sortir au-delà de 19 heures.
L’état actuel s’inspire des techniques utilisées en EHPAD. Les groupes privés qui se partagent le gâteau bourré de crème de la vieillesse ont inventé des labels. L’un a pour nom, « Humanitude » et consiste à « protéger » les résidents dans le respect de leur dignité morale et physique. Le vieux, pardon, le senior ne sera plus attaché au fauteuil ergonomique en skaï et pourra déambuler en liberté dans les couloirs. Une directrice ou un directeur veillera, en toutes circonstances, à sa sé-cu-ri-té et il pourra se livrer à ses activités préférées, pâte à sel ou loto, dans un cadre convivial, assez proche, du point de vue du mobilier, du salon du crématorium ce qui le prépare en douceur à l’inéluctable. Les flammes en moins.
La France, pays vieillissant, dirigé par un godelureau d’à peine plus de 40 ans, s’enfonce dans la sénilité, un comble non ? Le virus n’a fait qu’accélérer le processus de sénescence.

Je n’en ai rien à faire aujourd’hui de me positionner « politiquement ». J’ai juste envie d’être méchante comme une teigne tant le désespoir m’étreint certains jours. Qui se réjouira de l’horizon bleu flic, de « l’école de guerre avec formation continue » que Macron veut créer à Montpellier (en guerre contre qui, les islamo-gauchistes ?), de phrases étiques intellectuellement « Chaque français verra plus de bleu sur le terrain en 2022 qu’en 2017. Ça rassure les gens, ça dissuade les délinquants ». Ça, ça, ça. La purée, ça nourrit et les feuilles, ça tombe en automne mais un président c’est censé penser, ça cause pas au français fantasmé, inventé pour les besoins de la cause par Darmanin et ses prédécesseurs, au français trouillard, médiocre, bas de plafond, chauvin, à qui l’on doit faire plaisir de peur qu’une gauloise à nattes gagne le combat des chefs.

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Personne n’a le droit de me prendre pour une idiote un brin raciste, pusillanime, avide de « sécurité », une française très moyenne qui n’aspire qu’à une tranquillité proche de l’agonie et dont le seul rêve est d’accéder à la propriété avant de mourir et de rejoindre le caveau familial (car jusqu’au bout, l’état fait la promotion de la famille, y compris dans la façon d’empiler les ossements).
Je ne me reconnais jamais dans les propos des ministres qui forment le gouvernement : suis-je cette femme craintive à qui l’on parle en articulant de peur qu’elle comprenne de travers, cette française « de souche », bretonne, auvergnate ou alsacienne depuis 15 générations, cette citoyenne consultée tous les cinq ans et oubliée dans l’intervalle, cette graine que l’on met dans de la ouate de peur qu’elle ne germe dans un champ de luzerne sans OGM, future mauvaise herbe qu’il faudra éradiquer ?

Aucune de ces tronches qui défile sur les plateaux télé ou s’exprime dans des journaux de milliardaires ne me ressemble. Qui irait boire un coup avec Blanquer au troquet du coin, qui songerait à se faire une bouffe à la bonne franquette avec Macron et Darmanin ? Personne, à moins d’y être obligée sous la menace d’un flingue. A l’heure où il est question de l’universalisme, des Lumières, des « valeurs républicaines » communes à un peuple, où chaque ministre, même le plus inculte (le concours est ouvert), fait semblant d’avoir pour livre de chevet "Le Contrat Social", on s’étonne de voir la France rétrécir, s’abêtir et s’inventer des ennemis de l’intérieur, à l’université entre autres, qui œuvrent sournoisement à sa destruction. La phrase du président « plus de bleu dans les rues », l’aspiration supposée de 66 millions de personnes à à une « vie paisible » sont mortifères. Lire les projets de Macron, les lignes de son futur programme, c’est comme parcourir la plaquette publicitaire d’un EHPAD qui promet au futur résident une prise en charge globale, une torpeur bienveillante, une préparation au néant. L’épisode Covid, contrairement aux affirmations réitérées du pauvre Castex (lui, je ne sais pas pourquoi, on a toujours envie de le taper dans le dos et de l’appeler « le pauvre » ) n’a rien d’une parenthèse qui se refermera, promis, juré, craché, dès que la pandémie aura du plomb dans l’aile. Au contraire, quel morceau de chance pour Macron ! S’il manœuvre bien d’ici avril 2022, si aucun concurrent sérieux ne vient entraver sa marche vers un deuxième mandat, la covid aura laissé de beaux restes et les restes, comme chacun sait « ça se réchauffe ». La santé, comme l’écrivait déjà Ivan Illich dans "Némésis médicale", est un formidable instrument de contrôle social et dans ce domaine franchement, le premier virus de droite de l’histoire aura fait du bon boulot. Il aura montré que la restriction des libertés individuelles sert bien entendu le bien public, que la notion de collectif n’existe que pour l’acceptation « ensemble » de la répression et qu’elle en est même devenue la complice objective. On accepte collectivement le couvre-feu, les amendes pour transgression des règles, l’interdiction des rassemblements jusqu’à la restriction du nombre de convives autour d’une table. Chapeau ! Je suis bluffée par ce tour de passe-passe. J’avais toujours cru que le concept de « collectivité » était indissociable de la solidarité, de la fraternité, de la répartition des biens et des services , du partage du travail, de la culture. Je découvre, sous Macron, qu’il existe une autre définition. « Sauvez des vies, restez chez vous » a été un des slogans inventé lors du premier confinement. La solidarité chez soi semble préfigurer ce qui attend chacun d’entre nous demain. Cela fait froid dans le dos et pourtant en nous promettant plus de bleu dans les rues, une vie paisible obligatoire jusqu’à ce que mort s’en suive, le tout filmé par des drones au-dessus de nos têtes, pas besoin d’avoir lu "1984" pour prendre conscience que le pire est à venir.



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