Entretien avec Guimba, toujours sous une menace d’expulsion

La préfecture ne voulant toujours pas reconnaître la validité des documents, Guimba est menacé d’expulsion à tout moment. Il nous raconte cette nouvelle phase d’assignation à résidence et pointage au commissariat et comment malgré tous ses soutiens sa situation est bloquée par le préfet.

Salut Guimba,

Tu viens de sortir du commissariat. Tu peux nous expliquer pourquoi tu y es allé ?

Je suis allé au commissariat pour une assignation à résidence. Je dois y aller tous les jours, sauf le dimanche. Ca dure 45 jours pendant lesquels ils peuvent t’expulser. C’est la procédure qui se passe comme ça, pour les personnes qui ont une OQTF et qu’ils sont sur le point d’expulser.
Ce qu’ils ont dit c’est que je ne peux pas sortir entre 6h et 7h du matin, je ne peux pas sortir de chez moi. Ca veut dire qu’ils peuvent venir me chercher chez moi et m’embarquer. La police peut venir à tout moment. Ensuite je dois aller au commissariat entre 8h et 9h et aussi je ne peux pas sortir la journée en dehors de Cote d’Or. C’est comme un prisonnier en liberté provisoire.
C’est bizarre, surtout parce qu’ils n’ont pas pris mon dossier en compte. Ce que la préfecture essaie de faire ce n’est pas dans le droit.
Ils disent que mon dossier n’est pas bon, alors je suis allé à l’ambassade pour montrer que mon dossier il est authentique. La personne qui a fait ça, c’est la conseillère consulaire et quand je suis passé au tribunal administratif (T.A) à Dijon le juge a dit qu’il n’est pas sûr que cette personne travaille vraiment à l’ambassade. Comment on peut dire, diplomatiquement, il y a tous les numéros de téléphone, il y a le site internet, alors comment on peut dire ça, comme si cette personne n’existait pas. Je suis retourné de nouveau à l’ambassade et j’ai fait faire une attestation par le consul pour prouver que cette personne travaille à l’ambassade. Même avec ça ils ne sont pas sûrs , je ne sais pas ce qu’ils veulent encore , je sais pas quoi faire de plus. J’ai aussi amené les papiers qui prouvent mon acte de naissance, au Mali avec une attestation de là où ça a été fait, mais avec tout ça ils n’ont pas pris en compte.

On n’est plus dans un cadre judiciaire, dans le droit. Là, c’est le préfet qui a décidé de dire que mon dossier c’est faux. C ’est une décision politique et ça veut dire que moi je n’ai pas d’identité pour l’instant. Lui il dit que je ne peux pas prouver mon identité, mais alors dans quel pays ils vont m’expulser ?

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Qu’est ce que ça change dans ta vie ce contrôle ?

Ce contrôle ça change beaucoup, ça fait que j’ai perdu mon travail, car je travaillais de 5h à 12h pâtisserie. En général c’est dans les grandes surfaces car je travaille en intérim avec une agence. Maintenant pour retrouver du travail l’agence attend que je puisse dire que je suis disponible .
En fait j’ai commencé à travailler en temps partiel pendant que j’étais encore en formation de pâtisserie. Quand j’ai fini la formation, j’ai trouvé du travail directement. J’enchaîne les contrats depuis le printemps dernier car il faut trouver de l’argent.
De leur côté l’agence d’intérim cherche quelqu’un pour me remplacer et ils cherchent un travail l’après midi mais l’après-midi c’est pas possible de trouver un travail dans mon domaine.

Pour ton premier contrôle à Dijon le 23/12 il y avait 60 personnes et un appel à venir t’accompagner tous les matins . Est ce que ça marche ?

Oui ça marche, tous les jours il y a 10 personnes qui m’accompagnent au moins.
Pour les policiers ça change pas grand-chose, car la décision elle vient directement de la préfecture. Les flics ils ont quand même dit que c’est pas la peine de venir à autant pour des raisons de sécurité. On a demandé si c’était possible de changer l’heure pour pointer mais on m’ a dit qu’il faut que je vois avec mon avocate car il faut demander auprès du préfet.
C’était bien ce rassemblement, ça fait que je sais qu’il y a beaucoup de monde derrière moi.
Le problème c’est le gouvernement qui bloque. Tout le monde se mobilise mais ça suffit pas.
Il y a deux pétitions, une avec les professeurs avec 799 signatures et l’autre avec les élèves, les camarades de classe avec 879 signatures.

On a aussi fait plusieurs manifs et rassemblements, mais jamais le préfet il a accepté de me recevoir.
Il dit aussi qu’il ne veut pas recevoir ni le collectif de soutien ni les associations .

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Comment tu vois les prochains jours ?

Là je vois pas grand-chose J’ai donné tous les documents que je pouvais donner et le problème c’est qu’ils ne prennent rien en compte. J’ai déjà été en justice. En septembre j’ai déposé un recours en justice au tribunal administratif à Lyon, mais ça peut prendre encore un an.

T’es inquiet quand tu vas au commissariat ?

Oui je suis inquiet, Heureusement il y a des gens alors comme ça je sais qu’ils ne peuvent pas m’expulser en silence. Mais quand même s’ils l’ont décidé, ils peuvent le faire. Je vais rentrer tout seul et puis ils vont me passer de l’autre côté. Les gens peuvent sonner l’alarme tout de suite mais ça n’empêche pas.

Tu aimerais que les gens fassent quoi s’ ils essaient de t’expulser ?

J’aimerais que les gens tentent d’empêcher mon expulsion, et surtout que le préfet retourne sa décision et fasse un nouvel examen, il peut toujours dire oui , c’est sa décision.
Il y a même des députés qui me soutiennent. Tous les élus de Dijon connaissent mon dossier, le maire de Dijon y compris et le maire de Quetigny et ils ont dit qu’ils me soutiennent. Mais ça change rien tant que le préfet n’ ouvre pas la porte. La ville de Quetigny est même jumelée depuis 30 ans avec Koulikoro une ville dans ma région d’origine.

Tu veux ajouter quelque chose ?

Je ne suis pas politicien mais le Mali est classé en zone orange et rouge par le ministère. Les français n’ont pas le droit d’y aller, il y a la guerre là bas. Les seuls qui passent c’est pour des raisons professionnelles, les diplomates, les militaires. Alors comment on peut vouloir expulser quelqu’un vers un pays en guerre ?
Le préfet il dit que comme j’ai encore un lien avec ma mère, je dois rentrer car je ne peux pas l’abandonner. Alors quoi il faudrait que ma mère meurt pour que je puisse rester ?
Moi j’ai déjà refondé une famille ici avec tous les gens qui m’entourent. C’est bien vrai que je suis né là-bas mais je ne connais plus personne, je suis parti à l’âge de 13 ans.

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P.-S.

Les rdv pour soutenir Guimba lors de son pointage au commissariat continuent tous les jours à 8h45 devant la plavce Suquet.


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