Le 1er mai 2020, la colère féministe se déconfine !

Aujourd’hui les féministes convergent avec le mouvement des travailleur-euse-s et chômeur-euse-s qui revendiquent un changement radical de société. Les revendications féministes renouvellent la lutte contre le capitalisme en offrant une perspective plus ample qui implique la vie dans sa totalité et pas seulement le travail salarié. Sortons de la fatalité, imaginons des luttes différentes, sortons des actions et pensées raisonnables. Réinventons un monde !

En 2020, la journée internationale de lutte des travailleur-euse-s s’inscrit dans une crise sanitaire et sociale inédite. Partout dans le monde, ce sont les travailleur-euse-s les plus fragiles et les plus pauvres qui sont en première ligne. La crise sanitaire a amplifié les inégalités, qu’elles soient de classe, de genre ou de race, s’ajoutant aux violences structurelles. Loin de tenir compte de la situation et des milliers de vies en jeu, notre gouvernement préfère limiter les dégâts… sur l’économie ! Nous avons encore plus de raisons qu’hier d’exprimer notre colère contre un système qui nous fait foncer dans le mur.

Retrouvez ici la mise en scène filmée de cette déclaration

D’ordinaire, et on peut définir l’ordinaire comme « le fait de ne pas être dans une période de pandémie et de confinement strict », la société capitaliste s’appuie sur l’exploitation mais aussi l’invisibilisation du travail effectué par des millions de femmes. En contexte de pandémie mondiale et de confinement de la population il est plus difficile de cacher la vérité : c’est bien le travail des femmes, celui-là même qui est sous payé et sous valorisé, qui est essentiel au fonctionnement de la société.

Parmi ces travailleur-euse-s, les femmes sont en première ligne.

Les infirmières et aides-soignantes s’occupent des patient-e-s infecté-e-s par le virus, dans un contexte de pénurie de moyens : masques, de protection, et de respirateurs. Elles ne comptent plus leurs heures de travail avec un rythme décuplé, et le stress d’exposer leurs familles au virus… Et elles ont toujours un salaire aussi bas. Parlons aussi des élèves infirmières qui viennent en soutien des soignant-e-s, en faisant des horaires pas possibles, et qui sont payées 1,5€ de l’heure.

Dans les hôpitaux, les femmes sont aussi très nombreuses parmi les agent-e-s d’entretien, elles et eux aussi très exposé-e-s au virus dans des conditions matérielles catastrophiques. Elles interviennent dans les salles d’attentes, les halls, les salles de consultation, sans matériel de protection adapté.

Il y a aussi les ATSEM et les assistantes maternelles qui sont réquisitionnées pour travailler dans les EPHAD, auprès des populations les plus à risque, ou pour garder les enfants des personnels soignant.es. L’absence de protection suffisante pour ces travailleuses est criminel !

Il y a les travailleuses sociales, dont beaucoup disent qu’elles sont démunies face à l’absence de moyens et de réponses des administrations sur la situation dans les foyers pour enfants placés ou dans les centres de « mise à l’abri ».

Il y a bien sûr les caissières, qui côtoient tous les jours un grand nombre de personnes avec de faibles protections, avec un salaire toujours aussi misérable.

Les aides à domicile forment aussi un bouclier protecteur pour les seniors isolés et confinés dans les campagnes. Viendra-t-on revaloriser leur salaire et leur travail après le confinement ?!

Où sont donc les cadres les plus qualifié-e-s, qui ont les plus grandes responsabilités du fait de leur diplôme acheté en grande école ? Ceux qui ont des bons salaires, peu d’accidents de travail et qui en plus peuvent se mettre en télétravail ? Le « manager du bonheur » a-t-il une utilité sociale suffisante pour un salaire à 4000€ net ?

Nos charbonneuses, nos infirmières, aides soignantes, agentes d’entretien, aides à domicile, caissières, ATSEM, et toutes les autres, sont aujourd’hui sur le front pour porter à bout de bras la société toute entière pour des salaires de misère.

En plus de leur travail et des prises de risques qui l’accompagnent, les femmes doivent assumer les tâches domestiques qu’elles assurent déjà en temps normal… et prendre en charge les enfants à plein temps. La fermeture des écoles et la fameuse « continuité pédagogique » : autant de travail supplémentaire pour les femmes. Pour les mères célibataires, la tâche est tout bonnement insurmontable !

Le travail sous valorisé ne s’arrête pas là : des centaines de femmes anonymes, sur la base du bénévolat, cousent des masques à des rythmes effrénés pendant que les élus locaux masculins les applaudissent et répondent aux interviews dans la presse.

Que dire ensuite des chômeuses dont les allocations ont déjà baissé en novembre ? Que dire des étudiantes, des travailleuses précaires qui ont vu leurs multiples contrats annulés et qui ne pourront pas chercher un autre emploi pendant le confinement ?

Les stratégies de communications et prises de décision de notre cher État providence sont d’autant plus insupportables qu’elles sont faites dans le but de nous culpabiliser. Un beau mécanisme de manipulation pour nous réduire au silence et nous isoler.. Nous ne sommes pas dupes : le responsable c’est le gouvernement.

Nos réalités ne correspondent pas à ce que décrivent les médias mainstream qui parlent de confinements « ressourçants » en se basant sur la figure des cadres confinés qui travaillent à distance, et qui ont suffisamment d’espace dans leur lieu de vie pour éloigner les enfants bruyants.

Une écrivaine bourgeoise confinée dans sa résidence secondaire a même dit que ce confinement était «  une véritable « aubaine » où nous pourrons dans nos chambres écrire des romans, des films, des livres pour enfants, des chansons sur la solitude et le manque des autres.  »

Pas sur que les infirmières, aides-soignantes, caissières, puissent autant profiter de cette tant attendue "solitude" ? Seront-elles en mesure de poétiser "le manque" ? Ou de profiter plus encore de leurs week-ends, quand une grande partie d’entre elles sont appelées à travailler le dimanche ?

L’« héroïsme » de ces femmes est célébré, et tout le monde souligne maintenant l’importance de leur travail. Les voilà donc faites « soldates » qui se sacrifient pour la Nation ! Ce n’est pas un hasard si le nombre de décès parmi les soignant-e-s fait l’objet d’une telle omerta.

Que dire de Macron qui a osé dire il y a quelques semaines « qu’il nous faudrait nous rappeler que le pays tient tout entier sur des femmes et des hommes que nos économies reconnaissent et rémunèrent si mal  ». Il oublie de préciser que le sort de ces travailleuses est intrinsèque à l’organisation structurelle de la société capitaliste patriarcale. L’exploitation spécifique de ces femmes relèveraient-il d’un pur hasard ?

Que dire de Marlène Schiappa, la célèbre Secrétaire d’Etat chargée des droits des femmes qui se disait "inquiète" d’une "possibilité d’épuisement silencieux des femmes, et notamment des mères de famille pendant le confinement". C’est très opportunément qu’elle oublie que la triple journée travail/continuité pédagogique/tâches domestiques est le résultat de choix politiques et d’une organisation économique sur lesquels il est possible d’agir !

Marlène Schiappa d’un côté affirme « qu’il importe au gouvernement que tout le monde soit protégé, et cela signifie que les personnes prostituées doivent cesser leur activité » (stigmatisant au passage les travailleuses du sexe comme des boucs émissaires), et refuse ensuite de fournir des aides aux TDS précarisées car il serait « compliqué pour l’état d’indemniser une personne qui exerce une activité non déclarée  ». Et quand on la recontacte pour discuter du sujet Mme Schiappa dit qu’elle n’a pas le temps de répondre, car elle est « tout entière consacrée à la lutte contre les violences conjugales ».

Quand on sait que les signalements pour violences conjugales ont augmenté de 40% et que la réaction du gouvernement a été d’ouvrir un numéro pour les conjoints violents car « en situation de confinement il y a moins d’exutoires et de soupapes de décompression ». C’est parce que Marlène Schiappa est occupée à excuser les bourreaux qu’elle ne souhaite pas soutenir les travailleuses du sexe ?

Notre gouvernement néolibéral nous prépare déjà à de nombreux sacrifices pour absorber cette nouvelle crise mondiale : semaine à 60 heures, journées de 12 heures, congés annulés. Les salarié-e-s doivent donc payer pendant que les grands patrons auront dividendes et argent public ? Après le désastre de la gestion de la crise sanitaire et les milliers de morts, c’est donc l’augmentation de la violence économique qui nous guette.

Après le confinement, comme après la crise de 2008, la violence économique générera encore plus de crises dans la sphère familiale, des féminicides, poussant des femmes et des familles à la rue, ou forçant des femmes et minorités de genre à accepter des emplois et/ou des conditions de travail de plus en plus précaires. Le repli actuel vers les structures familiales en raison du confinement exacerbe déjà les violences sexistes et sexuelles qui ont lieu dans l’espace privé. La perte d’autonomie financière mettra aussi directement en danger des millions de LGBTQIA+, pour qui la survie peut alors devenir synonyme de dépendance à des personnes violemment homophobes et transphobes.

La violence est au cœur du système capitaliste. Elle lui est indispensable pour maintenir l’ensemble des femmes sous domination pour permettre la reproduction de la force de travail à moindre coût et maintenir les femmes dans les emplois les plus précaires et sous-payés, d’autant plus si elles sont racisées et/ou sans papiers.

Aujourd’hui le capitalisme se sent menacé et assailli. L’offensive à son encontre vient de toute part : des résistances contre la misère, les violences policières et les violences sexistes et sexuelles s’organisent dans le monde entier, avec de nombreuses femmes à leur tête. Les chiliennes l’ont chanté, et avec elles des femmes du monde entier : El estado opresor es un macho violador !

Aujourd’hui nous convergeons avec le mouvement des travailleur-euse-s et chômeur-euse-s qui revendiquent un changement radical de société. Les revendications féministes renouvellent la lutte contre le capitalisme en offrant une perspective plus ample qui implique la vie dans sa totalité et pas seulement le travail salarié. Sortons de la fatalité, imaginons des luttes différentes, sortons des actions et pensées raisonnables. Réinventons un monde !

Confiné-e-s ou pas, le combat ne s’arrête pas.

Collectif 25 Novembre

et une autre contibution au cortège de fenêtres reçue en ce 1er mai.

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