Marche des fiertés : Dijon s’est payé une pride apolitique honteuse



La ville de Dijon nous offre sur un plateau d’argent une pride toute chantante et dansante et on se demande s’ils veulent s’excuser pour les dernières années de cassage de mobilisations un tant soit peu queers et féministes qui ne soient pas à 100% libérales. On se demande aussi si c’est encore possible d’être « Queer, véner et révolutionnaire » ou si la révolution ne sera finalement pas « queer ».

Une marche de la honte des fiertés haute en couleurs, à l’arc-en-ciel bleu blanc rouge, jaune moutarde, jaune syndicaliste, rouge socialiste et aussi blanc bourgeois ou encore bleu océan où il ne faut pas faire de vagues...

Ce Vendredi 25 Septembre, « la ville de Dijon s’est préparé à accueillir la marche des Fiertés ». Une Pride financée directement par la ville et principalement organisée par Aides avec la participation de quelques assos et syndicats dont la CFDT et la CGT... ainsi que l’association régionale « l’Autre Cercle Bourgogne Franche-Comté », partenaire de la ville de Dijon. [1]

Elle a sacrément dû avoir besoin de se préparer pour accueillir la pride... La dernière fois qu’elle a vu des lesbiennes défiler, elle a envoyé la BAC pour les gazer et protéger à tout prix les anti-PMA avec toute une armée de flics.
Elle s’est si bien préparé qu’on dirait même que les participants à cette Pride-là sont triés sur le volet...

On a eu droit au défilé d’une jeunesse dansante mais avec des guests peu fréquentables tels que nombreux adjoints au Maire et notamment Billy Chrétien, celui-là même qui était aux côté de Nathalie Koenders, élus au canton face aux Jardins de l’Engrenage il y a peu. [2]

J’y étais présente et vous partage :
> Un récit pas très fiable par une meuf trans soulée
> Un discours qui fait du bien à hurler ou entendre hurlé mais qui - spoiler - ne se suit pas par un incendie
> Un ressenti vulgaire
> Dans l’attente d’une révolution qui ne se fera probablement pas sous l’arc-en-ciel.

NB : Les adjectifs mélioratifs visant la ville, ceux à la Mairie ou leurs actions sont sans excéption ironiques.

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Place Wilson : Merci la ville de Dijon

C’est à 14h que commence le rassemblement à la place Wilson avec un discours présentant les soutiens à l’organisation, un remerciement à la ville de Dijon qui fait l’honneur cette année de ne pas matraquer la manifestation et même de la financer !

Ce qu’elle se garde de raconter, la ville, et veut ne pas faire parvenir à la jeunesse en quête d’identité sexuelle c’est que c’est tout aussi elle qui détruit les mobilisations des moins jolis : ceux qui luttent en gilets jaunes ou tout de noir vêtus, les blacks blocs.
Quoiqu’elle en attaque aussi des tous jolis mais peut-être pas assez sages en se servant de ses assos municipales pour reporter les éléments perturbateurs qui préfèreraient un anticapitalisme queer, plutôt qu’un capitalisme rose.
Mais même avec simplement une banderole « Mon corps, mes choix, nos luttes », la ville envoie sa police sur-armée pourchasser et gazer toute personne voulant s’opposer au rassemblement anti-PMA. [3]

Aussi à la Pride, elle gère de bout en bout les discours prononcés par l’organisation ceux-ci ne visent en aucun cas les actions de la ville et ne parlent alors que des mêmes mesures sociales en boucle, déjà bien acceptés en vérité et « facilement » défendable, Mariage, PMA, adoptions... ou des sujets qui leurs permettent de suivre avec toujours plus de sécurité contre le harcèlement homophobe, les agressions lesbophobes, la discrimination etc mais également le soutien d’une loi contre les thérapies de conversion...

Départ en musique avec le camion NRJ

On a droit un défilé 100% musical (sans musique homosexuelle même pas de Bilal Hassani ou Britney Spears pourtant capital-friendly) mais surtout sans le moindre slogan. Heureusement quelques pancartes et drapeaux compensent en petite partie le manque de Politique dans cette manifestation qui est bien censée l’être, Politique. On nous bassine à chaque Pride que la première était une émeute et que c’est un mouvement politique mais une fois démarrée, on l’oublie assez vite.

Si l’on manque de Politique, on ne manque pas de politiques, les vilains que j’ai cités en introduction dont Billy Chrétien défilent tranquillement derrière la banderole principale en tête de cortège en non-mixité entre adjoints aux Maire, aux côtés du président de Aides...

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Le reste du cortège est composé principalement de jeunes avec ou sans étiquettes, drapeaux, stickers voire avec un supplément vocabulaire expliqué sur la pancarte, mais il y a aussi des membres plus âgés qui mettent toujours du baume au coeur.
Un collectif plutôt blanc clairement, les arc-en-ciels ne suffisant pas à le masquer et aussi plutôt bourgeois, le look Grunge ne suffisant pas à le masquer non plus.

Arrivée Place du Théâtre : anti-pass sanitaire

Là où devait se tenir une nouvelle prise de parole pour la Pride, étaient présents des manifestants contre le pass sanitaire clamant le besoin de lutter dans le même sens, pour la liberté de tout un chacun. Sans forte réponse du cortège malgré des tentatives de slogans : « Testos, Oestros, Vaccins : même combat ! Mon Corps, Mon Choix ! ». Le tout sous le flottement des drapeaux bleu-blanc-rose pour les Trans d’un côte, bleu-blanc-rouge pour la France de l’autre.

Les deux groupes restent à peu près hétérogènes à quelques exceptions où des retrouvailles se font, jusqu’à l’avancée de la camionnette de la CGT à laquelle les anti-pass scandent leur décéption de les avoir vu abandonner la lutte qu’ils défendent : « CGT, Collabos ! ».
Le discours pour la Pride prend lieu de l’autre côté de la place et le cortège anti-pass reprend sa route dans l’autre sens, direction Wilson.

Entracte République : C’est tout ?

Une finale toute joyeuse, c’est super, on a dansé pour nos droits, le discours d’au revoir remercie à nouveau Billy Chrétien, les gens rejoignent la fontaine de la place de la République et la musique les accompagne...

Aucun espace n’est prévu pour laisser la parole libre aux militants voulant s’exprimer, si bien qu’il eut fallut insister pour que deux femmes trans puissent finalement prendre la parole, entre deux musiques pour l’une et en fermeture après la dernière musique pour l’autre, après qu’une grande partie de la foule ait quitté la place.

Précision : Ces discours n’étaient prévus par aucune des organisations de la Pride ni aucun des organisateurs, il a été accepté qu’un temps de parole soit donné au micro sur la camionnette restée à la Place de la République à la toute fin de la manifestation sans que les propos ne soit connus. Certains également à bord de la camionnette sembleront déchanter au fil du dernier discours et seront pris d’une envie de la quitter rapidement pour ne pas sembler avoir donner leur accord à ces paroles...

Discours de fin

Il paraîtrait que je suis trans, transexuelle, travestie, dépravée, une salope... une pétasse... Juste un coup d’un soir, non, je ne suis pas une femme à marier. Je suis pleine d’identités... qu’on me colle, que je me colle aussi moi-même. Mais j’en ai plein le cul de ces identités.

En fait, je suis surtout soulée. Soulée de retourner travailler ce Lundi. Soulée des thérapies de conversion. Soulée que mon rouge à lèvres ne tienne pas sous le masque. Trop soulée après cette énième bière. Aussi soulée de me faire policer, discriminer, reluquer, dégager, assassiner.

Et on est quoi face à ce bordel ? On est fiers ? Fiers de quoi, d’être les supposés héritiers de l’émeute de Stonewall ? Et quoi depuis ? Depuis, on se retrouve à faire la supposée révolution qu’elles avaient enclenchée en nous mariant entre bourgeois-bourgeoises, c’est pas très gay.

En fait je suis même pas fière d’être trans je crois. J’ai terriblement honte mais je préfère me battre contre cette honte plutôt que de me défendre d’une sorte d’honneur « Ah mais non mais tous les trans sont pas des pervers » « Ah mais non tous les pédés non plus » Je suis tellement plus fière de l’inverse. Je suis trans et perverse parce que je veux prendre mon oestrogène sur la tombe du patriarcat, faire du BDSM avec les patrons que j’abandonnerai tous ligotés et jouer à la catgirl en prenant Macron pour ma pelote de laine dont je me désintéresserai après l’avoir déchiqueté !

Je suis bonne oratrice je sais merci, mais j’en ai marre de la parlotte. On gueule à tous les coins de rues dans nos magnifiques défilés de paillettes et de lumières un paquet de slogans comme « Queer, Vener et Révolutionnaire ! » mais on veut en voir la queue à cette révolution.

On se bat pour des mesures que l’on nous enlèvera en moins d’une seconde et pour mieux se conformer à l’hétéro-patriarcat dans le même but de mieux servir le capitalisme. « Oh oui, même les couples de pédés faire apprendre les rôles sexués à leurs enfants et la belle histoire de la France de Vichy puis les enrôler dans l’armée même s’il le faut, promis... ». Mais est-ce qu’on en veut de tout ça ? Est-ce qu’on en veut ? Moi pas tellement.

Bien sûr, battons nous à corps et âmes pour l’avortement, l’autodétermination, le mariage et la PMA pour tout le monde mais pas seulement parce que « nous on est des bons pédés alors on doit avoir le droit. » Mais parce que bordel qui sont-ils pour décider de qui doit avoir droit à quoi ? Nous ne sommes rien, soyons tout, nous n’avons droit à rien alors faisons tout ! Soyons plus que l’objet de chantage entre les libéraux progressistes et les réactionnaires !

Battons-nous contre le fichage des homosexuels par la police mais battons-nous contre le fichage de tous les musulmans avec la loi Séparatisme, de tous les militants politiques avec la loi Sécurité Globale, de toute la population avec le Pass Sanitaire !
Battons-nous pour sortir les femmes trans des prisons pour hommes et pour les trans victimes de violences médicales mais battons-nous pour mettre fin à la prison pour tout le monde ! Police, Prison, Abolition !
Battons-nous contre la taxe rose imposée aux femmes mais battons-nous contre – pardon mesdames les putes mais c’était obligé – contre le putain de capitalisme ! Le travail ! Les patrons !
Battons-nous contre le sexe sur l’état-civil mais battons-nous contre la carte d’identité, instrument d’oppression des personnes immigrées ! et pas seulement des femmes. Les frontières ne doivent pas séparer les amours, hétéros ou lesbiens.

Nous ne sommes rien, soyons tout, nous n’avons droit à rien alors faisons tout !
Soyons plus que l’objet de chantage entre les libéraux progressistes et les réactionnaires !

Soyons un fléau social.

La ville de Dijon est toute Fière, elle, d’être « prête à accueillir la marche des fiertés », en vérité elle est surtout prête a dérouler le tapis rouge aux grandes marques racistes qui portent un drapeau arc en ciel de temps en temps ainsi qu’à accueillir les bourgeois pédés qui habitent déjà la ville et mènent la vie d’hétérosexuels pdg de banque, de ligne de fringues de luxe ou que-sais-je encore.

C’est cette ville toute fière de ses homosexuels cadres haut placés qui fabrique les mobiliers urbains armés contre les sdf, détruit la nature pour de gros immeubles, casse les mobilisations sociales en faveur de tous et toutes et nous jettent chacun chacune dans la gueule du loup !
C’est la ville même qui nous oppresse avec sa police de partout qui nous surveille, nous fiche, nous contrôle, nous insulte, nous embarque comme elle a vu à quel point c’était permis pour les personnes racisées pour qui personne ne lève le petit doigt.
C’est la ville qui fait fermer les assos qui nous viennent véritablement en aide et sabote nos organisations.
C’est la ville qui a monté le placard qui nous a tous et toutes enfermés si longtemps dans nos chagrins, laissons libre cours à la rage dorénavant et défonçons-en la porte  
Nous ne sommes rien, soyons tout, nous n’avons droit à rien alors faisons tout !

Que vienne l’émeute, que brûle la ville.

Je suis trans, je suis pas une femme à marier, je veux mon oestrogène sur la tombe du capitalisme.
Merci de m’avoir écoutée. Belle révolution à nous 
Vive le feu.

Applaudissements et chants : « À bat l’État, les flics et les fachos ! »

S’en suivra une brève discussion entre le président de Aides et les deux venues prendre la parole pour pouvoir dire ce qui ne pouvait visiblement pas se dire.

Retour vulgaire

> Profiter des financements de la ville pour faire une fête haute en couleur en pleine ville ? Pourquoi pas mais
> Le faire au détriment d’autres mobilisations ? Certainement pas.
> Le faire en dépolitisant totalement l’évènement ? Voire en fermant la porte aux mobilisations politiques aux nouveaux-venus à la Pride ? Encore moins.
> Le faire en faisant de la lèche à la Ville, aux adjoints au Maire et compagnie ? Jamais.

Il serait temps de mettre fin à la dépolitisation du queer, de l’étrange, le bizarre, l’autre ou de le détruire.
Trans, pédés, lesbiennes et compagnie... prolétaires de tous les pays, unissez-vous !

Bien cordialement,
Ouverte aux ambitions révolutionnaires, aux envies émeutières,
galtrimbe[at]riseup.net


P.-S.

Je suis trans, je suis pas une femme à marier, je veux mon oestrogène sur la tombe du capitalisme.
Merci de m’avoir lue, belle révolution à nous.
Vive le feu.

Si vous avez des images de ce discours de fin, je suis preneuse.

galtrimbe[at]riseup.net


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