Pass sanitaire : les autorités veulent décapiter la contestation



À Dijon et Besançon, les personnalités du mouvement d’opposition au pass sanitaire sont en délicatesse avec la justice. Bruce Duvic et Fred’ Vuillaume viennent en effet d’être convoqués par la police, et d’autres devraient suivre. Désignés comme les chevilles ouvrières des rassemblements réunissant chaque samedi plusieurs milliers de participants, les pouvoirs publics entendent leur mettre la pression et ainsi éteindre les foyers de révolte. Un calcul pour le moins périlleux, et qui démontre surtout une réelle fébrilité des gouvernants. Alors que les intéressés se défendent de toute intendance, leur mise au pas suscite un élan de solidarité et renforce les antagonismes avec l’élite.

Les cellules de crises noyées par un phénomène inédit.
En Bourgogne/Franche-Comté, les pouvoirs publics apparaissent clairement dépassés par l’ampleur des protestations liées aux mesures sanitaires. Si les hauts fonctionnaires locaux imaginaient un probable épiphénomène dans le sillage des décisions gouvernementales, ils n’étaient en tout cas absolument pas préparés à revivre un effet « gilets jaunes. » C’est ce que nous avaient confirmées plusieurs sources préfectorales et policières, unanimement surprises de ces marrées humaines observées en plein mois de juillet. Des chiffres déjà considérables et ne cessant d’augmenter, mais plus inquiétant pour les garants de l’ordre qui s’ancrent également dans l’espace et la durée.

Après avoir parié sur « un effet d’annonce » débouchant sur un essoufflement progressif du mouvement, interdictions sectorielles puis totales ainsi que répressions graduées et par la suite assumées ont été tentées par les autorités afin de casser la dynamique. En vain. Chaque samedi après-midi, les métropoles régionales sont désormais bondées d’opposant·es au passe sanitaire ; les abords des pôles administratifs transformés en camps retranchés ; les transports publics et les cœurs de ville paralysés. Avant que la mayonnaise ne prenne au point de s’inscrire dans les habitudes, les représentants de l’État souhaitent à tout prix juguler cette fronde avant la rentrée.

« Considéré comme un meneur, on entend me criminaliser. »
Mais les recettes miracles se font rares… les gradés, sous pression, misent alors sur une stratégie peu habile : cibler et couper les têtes présumées, escomptant par là même neutraliser la force de synergie attribuée à ces éléments déterminés. Les figures Bruce Duvic ce mercredi 4 août et Fred’ Vuillaume aujourd’hui 5 août ont été auditionnées, soupçonnées « d’organisation d’une manifestation sur la voie publique interdite ou sans déclaration préalable » (431-9 CP). D’après nos informations, d’autres convocations analogues ont été engagées à Mâcon et Besançon. L’information connue, un vent de soutien s’est soulevé… ou comment valider la théorie du cobra.

Pour Fred’ Vuillaume, il s’agit d’une énième procédure-bâillon. « Plusieurs agents sont passés à mon domicile, me remettre un courrier. Je suis considéré comme un meneur, on entends me criminaliser pour ce motif. La contestation est horizontale et spontanée, il n’y a aucun leadership. Comme chaque citoyen, je ne fais qu’exprimer pacifiquement mes convictions. C’est un droit. » Une position partagée par bien des participant·es, estimant « que tous étant responsables, ils devraient être 4 000 au commissariat. » Si le parquet doit encore trancher des suites judiciaires, le signal envoyé au milieu militant et à l’opinion publique est déjà ressenti comme désastreux.



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