Les derniers partisans de Macron diront que cette semaine nous étions moins nombreux, et même que nous n’avions jamais été aussi peu nombreux. C’est la vérité. Pour autant ils ne préciseront pas que jamais on avait vu un millier de personnes manifester entre Noël et le Nouvel an dans les rues de Dijon, qui plus est après 7 semaines de manifestations et d’occupations, 7 semaines d’un mouvement qui connait une des répression les plus féroces de ces 50 dernières années.
Comme tous les samedi depuis plus d’un mois, on est partis de la place de la République à 14h. Encore une fois ce début de manif ressemble à un échauffement. On se promène le long des boulevards, on chante un peu timidement les premiers slogans (toujours aussi peu inspirés d’ailleurs), et on ramasse les retardataires.
Arrivés place Darcy l’option de la gare - qu’on a déjà réalisée plusieurs fois, sans que ça soit jamais très enthousiasmant - est délaissée au profit du centre-ville des commercants. Les gendarmes mobiles (GM) ont manifestement jugé vain d’en bloquer l’accès, ils n’y sont d’ailleurs jamais vraiment parvenus pendant les semaines précédentes. Ils se contentent donc de garder les banques et certaines enseignes, avec un dispositif inédit à notre connaissance : des agents disposés seuls, tous les 5 mètres, tout au long de la rue, dans une étrange haie d’honneur.
Bon nombre d’entre eux la jouent « fraternisation » en souriant aux manifestants, dont certains sont encore assez dupes pour converser cordialement avec ceux qui les gazeront et leur tireront des balles en caoutchouc à hauteur de tête quelques minutes plus tard.
La mairie est évidemment bloquée, comme toutes les semaines, des policiers municipaux et des agents de la SIG cagoulés façon antiterrorisme gardent ses grilles. Dans la cour centrale, des pompiers se tiennent prêts à intervenir. Les illuminations de noël du 1er décembre ont semble-t-il marqué les esprits. Une idée émerge alors : « À Suquet ! », et le cortège se met en branle, direction le commissariat central. Que cette proposition reccueille l’adhésion de tout le cortège en dit long sur l’évolution de ce mouvement. Au fil des semaines, le comportement des forces de l’ordre a fait plus pour alimenter la haine anti-flic que les meilleures démonstrations . Celles et ceux qui criaient encore il y a un mois « la police avec nous », ont perdus leurs illusions, ils vont réclamer des comptes. Comment s’en étonner ? Comme le répètent en boucle préfets et ministres, le comportement des forces de l’ordre a été exemplaire. En interpellant, en gazant, en mutilant, et en tuant, elles n’ont jamais flanché depuis six semaines, et elles ont parfaitement rempli leur rôle social : celui de maintenir le pouvoir en place, celui d’écraser la révolte.
Faute d’atteindre la tête pensante du pouvoir macronien, la préfecture étant solidement gardée, on va donc s’en prendre à son bras armé. Les maigres espoirs de porter l’émeutes aux abords de Suquet sont vites douchés. Arrivés en bas de la rue Berbisey, le cortège est copieusement arrosé de gaz lacrymogène. Certains empruntent la montée de Guise, qui est elle aussi noyée sous les gaz, et tout le monde fini par remonter vers le centre par la rue Monge, des poubelles enflammées ralentissant l’avancée des flics. On n’aura même pas pu s’approcher d’assez près pour apercevoir Suquet, mais le symbole est fort. À retenter, en envisageant un peu mieux les nombreux accès à la place ?
On repart donc à travers le centre-ville, on repasse devant la mairie, toujours autant fermée, et on file à République, tradition oblige. Après cette mise en jambe, les affrontements avec les flics peuvent reprendre. Ça a beau faire plusieurs samedi qu’on va s’échouer sur les grilles anti-émeute à l’entrée de la rue de la Préf, il y a toujours autant de détermination à aller s’y friter avec les flics, même si ces affrontements restent symboliques : on sait qu’on ne pourra pas passer ces grilles. Le dispositif policier, quant à lui, est de mieux en mieux rodé. Pendant que ca s’affronte à l’entrée de la rue de la Préf, des GM remontent le boulevard le la Trémouille, et les policiers nationaux arrivent par la rue Jean-Jacques Rousseau. Après les habituels gazages, tout le monde est repoussé vers le boulevard Clémenceau, et vers l’avenue du Drapeau où des barricades sont dressées, et où les affrontements dureront encore un moment, avant la dispersion.
En terme de répression ce samedi n’a pas fait exception : beaucoup de lacrymos, mais on s’y est tous habitués, tout le monde sait s’écarter quand il faut, ne pas courir dans tous les sens (sauf les plus jeunes, pour qui c’est devenu un jeu), et presque tout le monde est équipé de masques, lunettes de plongée, sérum physiologique, maalox. Les policiers (ab)usent toujours autant des Lanceur de Balles de Défense (LBD, ou « Flashball »), avec des tirs dans le tas, au milieu de la foule, et on nous a rapporté que des personnes ont été tabassées au milieu du marché de Noël pendant des charges. Pas sûr que cela fasse redescendre la colère des gilets jaunes contre le pouvoir et ses chiens de garde. On parle déjà d’un acte VIII... le soir du nouvel an !
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