Grandeur, déclin et confinement à l’immeuble Boutaric

Grand Dijon Habitat : carnet de déroute.

Habitats précaires, manque de considération du bailleur social majoritaire aux Grésilles (Grand Dijon Habitat) et confinement, la vie des habitants de l’immeuble Boutaric est au quotidien une épreuve. Voici un appel à l’aide et à soutien d’un collectif d’habitants en colère dans la plus vieille barre d’immeuble du quartier. Radioscopie de la prévarication [2] au grand jour.

LE BRUIT ET L’ODEUR

Des bennes à ordures brûlées, éventrées avec des détritus et immondices tout autour étaient livrées à la vue des locataires à l’entrée de l’immeuble Boutaric. 10 jours durant, les odeurs et les rats sont venus apporter une touche sensorielle à ce répugnant tableau. 10 jours d’indifférence, 10 nuits de mépris de la part du bailleur social. Il a fallu une pétition de colère et un article peu glorieux du Bien Public, pour qu’enfin ces ordures soient évacuées.

C’est la suite d’un énième incendie volontaire dans le local à ordures dans la nuit du 18 février 2020. C’est aussi la « non-suite » dans les obligations et devoirs de l’organisme HLM. Bref de la non-assistance à population en détresse. Un silence insupportable de nos Thénardier des temps modernes face aux répétitives doléances des « sans-dents ». Il faut croire que les morts du foyer « Adoma » à la Fontaine d’Ouche sont déjà oubliés…

Dernier vestige encore debout aux Grésilles d’une époque où il fallait construire vite, la barre « Boutaric » est toujours là. Fruit d’une vision surannée, où pourtant il faisait bon-vivre d’après les plus anciens, le bâtiment s’est progressivement détérioré à l’image des grandes tours en France.

GRANDEUR ET DECADENCE

La barre Boutaric est le dernier fragment de la création de masse des années 50 de l’architecte Henri CALSAT, avec en filigrane l’inspiration de Le Corbusier. Auparavant, 5 autres barres surplombaient les Grésilles (Billardon, Les Lochères, Paul Bur, Epirey et la dernière détruite, en février 2018, Réaumur). Ces grands ensembles, appelés R+9, R+12, sont représentatifs de l’après-guerre où le centre-ville de Dijon s’agrandissait et s’étendait. Pour la postérité, il y a cette photo du Général venu inaugurer le lancement de la construction du quartier.

Chaque bâtiment avait sa grande esplanade, ses jeux au pied de l’immeuble et aussi ses gardiens. Ces derniers ne faisaient pas que de la maintenance, ils avaient la fonction de garder un certain standing de ces immeubles : un tapis étendu depuis une fenêtre : une amende ; marcher sur les espaces verts : une amende… Il fallait, d’après certains de nos aînés, montrer un casier judiciaire vierge pour espérer y habiter.

Le temps est passé par là. Les politiques dites de la ville n’ont pas amélioré le mal. D’évolutions sociologiques en pressions démographiques, de changements ethniques en crises économiques et passant par les valses politiques, le résultat n’est guère reluisant.

L’INTERMEDE CULTUREL

Pourtant la parenthèse « Zutique Productions » - du nom de cette entreprise culturelle – qui s’est installée sans crier gare au début des années 2000 dans l’immeuble même, a rendu un semblant d’âme à ce bateau ivre qu’était devenu Boutaric. La culture pour panser – ou du moins essayer – certains maux, desserrer le repli sur soi, désenclaver les solitudes, jeter des passerelles entre les gens et combattre l’insidieux virus du communautarisme. Bref recréer du lien et un semblant de vivre-ensemble. Frédéric MENARD et son équipe ont patiemment posé les jalons d’une vision où la culture (au sens large) n’est plus un produit de luxe pour une certaine élite. Où la culture sort un peu des salons feutrés pour une agora plébéienne, volontiers populacière, souvent indigente, parfois sale et violente.

D’activités ludiques pour les enfants et la réappropriation du paysage par du jardinage pour les adultes en passant par des spectacles et des festivals pour tout le monde, Zutique a rendu des couleurs (au sens propre comme au figuré) à un bloc de béton et un peu d’âme à un lieu de vie qui n’en possédait plus guère.

INSECURITE, INSALUBRITE, PROMISCUITE

Après le départ forcé de Zutique en avril 2019, la « cité Boutaric » - loin d’être radieuse – est aujourd’hui un taudis de 9 étages, un gourbi infesté de cafards, épouvantail en lambeaux qui se dresse au 2 de la rue éponyme. Insécurité, insalubrité, promiscuité : tel est le triptyque de la misère et d’une certaine politique urbaine. Entre les incivilités de certains habitants, le vandalisme, le laisser-aller des uns et laisser-faire des autres, bref la dégradation du cadre de vie et finalement le mal-vivre, la majorité des locataires est livrée à elle-même, perdue entre l’abandon de Grand Dijon Habitat et l’absence des élus ; désabusée par leur cynisme et leurs mensonges. Nous sommes bien loin de la « Cité » chère à nos philosophes grecs.
Les Gilets jaunes et les blouses blanches sont passés par-là et ont démontré combien le fossé s’est creusé entre les élites gouvernantes et le peuple. On ne peut qu’observer l’analogie sur le mépris de ces classes dirigeantes, chacune à son niveau, du désengagement et/ou de l’abandon de l’Etat (toujours plus avec toujours moins) et ce que les habitants de l’immeuble ressentent.

SILENCE & DÉNI

Lors de la période électorales pour les municipales, chaque parti a affûté ses arguments, distribué ses prospectus et joué sa partition. Radeau perdu, Boutaric, abandonné à son triste sort, coule dans l’indifférence des décideurs. A défaut de jeter une bouteille à la mer, le collectif a lancé un grand SOS détresse ! Un article écrit au Bien Public, des photos choc sur un journal en ligne, une radio locale, des politiciens qui en parlent, rien n’y fait : Grand Dijon Habitat (anciennement « opac ») et ses apparatchiks sont obstinément silencieux et absents.

Aux journalistes qui daignent les interroger, quand ils ne feignent pas de découvrir la situation, ils se bornent à invoquer des questions de budget. Circulez, il n’y a rien à voir !

VIRUS & MÉPRIS

Mais qu’en est-il à l’heure du grand confinement national pour les 200 habitants de l’immeuble vivant dans les vapeurs de l’amiante, des cloisons mal-isolées et dans des appartements humainement surchargés ? Le premier tour des élections est passé, les problématiques d’habitat social et précaire ne sont plus à la page.

Fait du prince, adepte des méthodes BERTHAUD, Hamid El HASSOUNI, conseiller départemental, conseiller municipal à la jeunesse, à l’enseignement supérieur, délégué au quartier des Grésilles mais aussi président de Grand Dijon Habitat (et vice-président de Grésilles FC…) ne semble pas pour le moment pressé de régler ce problème.

Ce Rastignac version banlieue qui semble vivre sur Facebook 24h/24h, être en campagne permanente (même à envoyer des sms de propagande après la fin légale de la campagne électorale), toujours sûr de lui, ne doutant jamais de rien, niant et contestant toute critique, ressassant les mêmes éléments de langage qu’on lui a transmis, diabolisant ses détracteurs, hystérique face à ses opposants (toute ressemblance avec un autre personnage n’est pas totalement fortuite) vient d’annoncer qu’il a contracté le coronavirus.

Certes, c’est triste et on ne peut que lui souhaiter un prompt rétablissement, mais il y a d’autres personnes hélas qui peuvent aussi être atteintes. Sachant qu’il a fait du porte-à-porte et croisé du monde sur les marchés, ce n’est guère rassurant… L’immeuble est un moulin (portes ouvertes et accès non sécurisé) et cette maladie peut se répandre comme une traînée de poudre dans les coursives... Mais de cela, à l’instar des autres mandarins de la Mairie, et pour paraphraser un illustre disparu, "ça lui en touche l’une sans faire bouger l’autre".

Que faire face à cette accumulation de malheurs ? Se battre contre des moulins à vent en se disant que l’hypothétique deuxième tour des Municipales pourra changer quelque chose ? Espérer que M. El HASSOUNI guérisse du virus mais aussi de sa passivité notable pour intervenir avec l’une des ses multiples casquettes ? Que faire face à des sans-gêne qui ne cachent même plus leur dédain pour des sans-dents qui osent réclamer de la dignité ?

Cela fait trop longtemps que les habitants attendent des solutions. Les promesses n’engagent que ceux qui y croient. Le virus du mépris a encore de beaux jours devant lui.

Alors quel remède ?



Notes

[1« Action de prévariquer, c’est-à-dire de s’écarter de la justice, de manquer à ses obligations. »

[2« Action de prévariquer, c’est-à-dire de s’écarter de la justice, de manquer à ses obligations. »

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