La presse locale : le PQ Régional ?



La Presse Quotidienne Régionale (PQR) est un acteur majeur de la démocratie. Mais qu’en est-il lorsque les journaux sont soumis à des mainmises bancaires ? C’est notamment le cas du « Bien Public », célèbre canard de Côte d’Or. Et si on interrogeait les intérêts privés du BP ?

Le Bien Public est le journal local historique sur la Côte-d’Or. Il existe depuis 1868 et jouit d’une situation de monopole sur le département depuis sa fusion avec les Dépêches en 1992. C’est surtout son intégration au sein du groupe EBRA (Est-Bourgogne-Rhone-Alpes) en 2009 qui est au départ de plusieurs réflexions puisque l’entreprise est détenue depuis lors à 100% par la Banque fédérative du Crédit Mutuel. De quoi nous interroger sur le rôle des journaux et sur la ligne éditoriale qui s’est progressivement imposée depuis que la banque est propriétaire de ce groupe de presse englobant 9 quotidiens régionaux.

Il est question d’aborder la neutralité comme illusion d’un champ professionnel spécifique, celui du journalisme local, répondant à des logiques de dépolitisation des contenus eu égard au modèle économique du groupe. En cherchant à massifier ses ventes, le journal suit des contraintes économiques amenant à ne pas cliver, à ne pas diviser ses potentiels lectorats et donc à ne pas traiter que très rarement les faits sociaux par un cadrage conflictuel.

C’est en cela que les modes d’adresse des discours des rédacteurs aux publics en dit long sur l’identité des lecteur anticipée par la rédaction. Globalement, on distingue comment le Bien Public incarne un changement plus générale : le passage d’un lecteur-citoyen à un lecteur-consommateur, délaissant progressivement le rôle d’auxiliaire de la démocratie de la PQR La figure citoyenne la plus présente reste alors le profil de la victime de fait divers, de quoi pointer la dépolitisation des contenus et les logiques mercantiles assurant la rentabilité du journal.

Si les contraintes rédactionnelles amènent les professionnels de la PQR dijonnaise à chercher l’écoulement du papier, cela provoque aussi une confusion au sein de leur identité professionnelle variant entre journaliste et publicitaire. Les techniques de marketing utilisées comme la segmentation des marchés permettent ainsi d’optimiser les cibles à toucher (amateur de sport, de voitures, de vins, etc). Les contenus sont aussi de plus en plus hybrides et oscillent entre information, divertissement et publicité.

Avec le poids indirect de l’actionnariat, l’influence des annonceurs publicitaires et les impératifs de rentabilité, l’information tend à être dépolitisée d’autant que les intérêts marchands sont privilégiés. En devenant un organe d’incitation à la consommation, le Bien Public répond davantage à des intérêts publicitaires qu’à des prérogatives démocratiques. Son nom semble ainsi en rupture avec la ligne éditoriale et les contenus alors que les intérêts des banques et des modèles capitalistes sont bien au chaud à l’intérieur du journal, préservés de tout ambition critique radicale.

Sources :

  • Julia CAGE, Sauver les médias. Capitalisme, financement participatif et démocratie, Le Seuil, Paris, 2015.
  • Patrick CHAMPAGNE, La double dépendance, sur le journalisme Raisons d’Agir, Paris, 2016.
  • Pierre BOURDIEU, Sur la télévision. Suivi de l’emprise du journalisme, Raisons d’Agir, Paris, 1996.
  • Erik NEVEU, Sociologie du journalisme, La Découverte, Paris, 2013.
  • Pierre PITOIZET, Le Bien Public et les pauvres. La médiatisation des classes populaires par la PQR dijonnaise (2011-2017), université de Bourgogne.
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