Manifestation et reprise de terres aux Vaîtes à Besançon


Doubs

Samedi 2 avril à Besançon, marche contre la bétonisation des Vaîtes et reprise de terres, dans le cadre des Soulèvements de la Terre.

En mars 2021, nous avions entamé les mobilisations des Soulèvements de la Terre par une marche en défense des terres des Vaîtes à Besançon et des Lentillères à Dijon. Nous demandions alors l’abandon ferme et définitif du projet d’écoquartier des Vaîtes, menaçant 34 hectares de jardins, terres maraîchères et espaces naturels.

Un an après, ces terres sont toujours menacées. Dans un nouveau « projet revisité », la mairie présente comme un « progrès » et un « consensus » la destruction de plus de 11 hectares dans sa première phase d’urbanisation.

RDV le samedi 2 avril 2022 aux Vaîtes à Besançon
Marche contre la bétonisation. Reprise de terres.
Ouverture des assises nationales des jardins populaires en lutte.

Départ de la Chambre d’agriculture (rue de Belfort). Repas tiré du sac suivi d’un après-midi festif et fertile. Et le 3 avril, on continue...

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Pourquoi nous manifesterons le 2 avril

Les Vaîtes sont toujours menacées

Le 30 septembre 2021, le Conseil municipal a voté pour un nouveau projet d’écoquartier aux Vaîtes.

Présenté comme une avancée démocratique issue d’un « consensus », il aboutirait hélas dans les faits à bétonner 11,5 hectares pour la première phase d’urbanisation, au lieu des 16,5 prévus initialement. (rappelons ici que 34 hectares en tout sont menacés par la Déclaration d’Utilité Publique) Sur ces hectares voués au béton, on trouve des jardins, des terres maraîchères, des espaces boisés...

Les Vaîtes doivent contribuer à la production alimentaire locale

Les villes, qui auparavant étaient autosuffisantes, dépendent désormais de la chaîne alimentaire mondialisée pour se nourrir. Elles ne disposent plus que de trois jours de stocks d’aliments en moyenne. Le degré d’autonomie alimentaire des 100 premières aires urbaines est de 2%.

Or, entre 2001 et 2017, 817 hectares de terres agricoles ont été perdues dans le périmètre de Grand Besançon Métropole. Actuellement, seulement 19 hectares sont dédiés à la production maraîchère de légumes alors qu’il en faudrait 2019 pour permettre l’alimentation des habitant·es. Seulement 0,9% de la surface nécessaire est donc cultivée à ce jour.

Le Projet Alimentaire Territorial (PAT), actuellement en discussion, affiche des objectifs dérisoires à ce sujet. Avec 55 hectares affichés comme objectif de diversification agricole pour les légumes, dont rien ne dit qu’il s’agirait de nouvelles terres mises en culture, on atteindrait à peine 4% de la surface nécessaire à l’autonomie.

Il est loin le temps de la ceinture maraîchère verte de Besançon, dont se souviennent encore les vieilles familles de cultivateurs des Vaîtes/Chaprais, qui expliquent qu’ils fournissaient non seulement Besançon en légumes, mais exportaient aussi jusqu’en Suisse.

Dans ce contexte, les 34 hectares de terres maraîchères des Vaîtes sont une ressource précieuse qu’il faut préserver de la destruction.

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Les Vaîtes doivent redevenir des terres paysannes

Suivant les recommandations de la Conférence citoyenne sur les Vaîtes, nous nous mobilisons également pour que sur ces terres soient signés des baux agricoles, parce que :

  • C’est un premier pas pour une reconnaissance de la valeur des terres dans leur fonction nourricière , une valeur qui n’est pas si facilement interchangeable…
  • Les formes de précarisation du statut de paysan·nes observées actuellement aux Vaîtes, participent d’un mouvement plus général d’une forme d’ uberisation de l’agriculture urbaine.

Celle-ci est dans de très nombreuses villes trop souvent vue au prisme de la communication sur papier glacé, avec des municipalités plus inquiètes de conserver la maîtrise du foncier pour des projets urbains futurs, que de développer une autonomie alimentaire.

Or, ces espaces agricoles en ville peuvent servir de point d’entrée dans l’agriculture pour de nombreuses personnes, de « vitrines » en ville pour les métiers de la paysannerie.

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Les Vaîtes sont les jardins de ceux et celles qui n’en ont pas

Justement, sur ces 34 ha de terres préservées de la prédation immobilière car elles étaient réservées à un aménagement d’ensemble, des familles populaires ont pu s’installer pour cultiver. Elles y produisent elles-mêmes une partie de leur alimentation. Elles se sont installées là, grâce au bouche à oreille, et ont entretenu ces terres - leurs jardins. L’absence de liste d’attente, de formulaire d’inscription, la prime à la débrouille nécessaire pour récupérer l’eau de pluie dans des bidons, pour construire ou retaper un cabanon, en l’absence d’organisation centralisée, a favorisé naturellement un recrutement populaire. Aux anciens ouvriers du bâtiment espagnols, italiens puis portugais arrivés après la Deuxième Guerre Mondiale, se sont ajoutés les immigré·es plus récent·es marocain·es, turcs et syriens pour les « petits derniers ». Ils et elles y ont amené leurs semences, leurs cultureS. Pour tous et toutes, qui vivent en immeuble, ce bout de terre est leur respiration, le lieu de barbecue dominical avec les enfants, un moyen d’améliorer l’ordinaire, ou même juste de garder financièrement la tête hors de l’eau.

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Les Vaîtes sont un refuge de biodiversité en ville

Ahmed a un jardin dans la zone nord. Il y est présent dès l’aube. Il y voit les chevreuils descendre de la colline pour s’abreuver dans le ru. Il a vu les pies tourner en rond autour des pelleteuses lors des travaux du printemps 2019 (avant la victoire judiciaire de l’association Les Jardins des Vaîtes et FNE) et déménager leur nid brindille par brindille. Olia se promène souvent, longue vue sous le bras, pour admirer les oiseaux nombreux qui viennent nidifier dans les vieux arbres et dans le lierre des zones en friche ou dans son jardin « refuge LPO ». Attirée par les chants, elle scrute et attend patiemment qu’ils se posent.

Jean, lampe frontale allumée, part la nuit à la recherche des crapauds alytes accoucheurs et autres tritons. Il piste les hérissons et a été le premier averti du retour des couleuvres vertes et jaunes après le confinement de 2020. Milane parcourt les jardins en toutes saisons pour photographier les insectes. Comme elleux, les jardinièr·es et habitant·es des Vaîtes entremêlent leurs vies avec la faune et la flore des Vaîtes. Ils connaissent la ligne de démarcation entre le territoire des pies et celui des corneilles, objet de combats aériens printaniers. Alors bien sûr pour le tribunal, on parlera de nombre d’espèces protégées, de compensation insuffisante, on citera la biodiversité et les services écologiques rendus... Mais ce que nous défendons, c’est cette possibilité de vivre en ville avec et dans la nature, pas à côté.

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Les Vaîtes ne doivent pas être artificialisées

Un sol artificialisé n’absorbe plus de CO2 et participe donc au réchauffement climatique. Il fait disparaître l’habitat d’espèces animales et végétales. Il n’absorbe plus l’eau de pluie. Le Groupe d’Experts engagé par la mairie explique d’ailleurs dans son rapport sur les Vaîtes : « ce sont des sols d’excellente qualité agronomique offrant, de surcroît, une très bonne capacité de stockage de carbone. » (p 48 du rapport du GEEC). Actuellement, de grignotages en grignotages, c’est l’équivalent d’un département qui disparaît tous les 7 ans sous le béton.

Les mesures d’évitement, de réduction et/ou de compensation des impacts du projet qui ont été proposées sont largement insuffisantes. Elles ne concernent que les espèces bénéficiant d’un statut de protection (et encore !), négligeant donc tous les équilibres écologiques entre les espèces, protégées ou non. Elles ne s’appliquent qu’à un compartiment du cycle biologique des espèces concernées. Ainsi, on ne préservera qu’un arbre (20 m²) ou une mare (10 m²) comme site de reproduction sans prendre en compte la zone de chasse, de déplacement, d’hivernage ou de parade de l’espèce.

De plus « la technique peut contribuer à réhabiliter ou à recréer des milieux (création d’une noue ou de fossés végétalisés par exemple), mais le plus simple est tout de même de ne pas détruire ce qui existe déjà. » (p 51 du rapport du GEEC).

Ne rêvons pas, la renaturation de 11,5 hectares de terres artificialisées dans l’enveloppe urbaine de Besançon pour compenser la destruction de terres aux Vaîtes ne sera jamais à l’ordre du jour. Cette notion de "compensation" est aujourd’hui largement critiquée tant elle permet, voire encourage, la destruction de l’environnement en faisant croire qu’un habitat peut être recréé ailleurs. Elle ouvre la voie à une vision comptable voire financiarisée de l’environnement. Mais ce qui est détruit est détruit.

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Les Vaîtes n’ont pas besoin d’un dit « écoquartier »

Commençons d’abord par dire que le projet voté ne contient aucun chiffre concernant le nombre de logements. Cependant en conférence de presse, la mairie a communiqué sur un chiffre d’« environ » 500 logements à construire aux Vaîtes. Elle prévoit de diminuer la part du collectif pour des « habitat intermédiaire individuels dense groupés »[sic] : terme flou qui laisse entrevoir le retour de la maison individuelle sous une forme peut-être mitoyenne. Ce type de logement est plus dévoreur d’espace et moins performant énergétiquement.

Dans le même temps, la ville voit les démolitions se succéder sur différents quartiers : Planoise, la Grette, Fontaine Ecu... sans que des projets de reconstruction ne voient le jour sur ces sites déjà artificialisés.

Pire, alors que l’on construit du neuf, la vacance des logements anciens flirte avec les 10% du parc bisontin et est illustrée entre autre par l’inquiétante désertification de la ville-centre : si, entre 2010 et 2015, le taux de vacance a augmenté de 40% dans la boucle, qu’en sera-t-il dans quelques mois quand la Région aura totalement déménagé de ses anciens locaux ?

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Aux Vaîtes, les habitant·es et jardinièr·es doivent être écouté·es.

Pour faire face à l’opposition grandissante à son projet, la municipalité a mis en place des instances de démocratie participative en 2021. Le GEEC (Groupe d’Experts sur l’Environnement et le Climat), comme la conférence citoyenne, ont émis des études d’ensemble sur le quartier, ont fait des propositions globales.

Pourtant, pour élaborer son nouveau projet, la mairie n’a retenu qu’une partie des propositions, ne piochant que ce qui lui convenait. La position 1 de la Conférence citoyenne demandait par exemple un zéro artificialisation net = la mairie ignore tout simplement cette position. La position 2 conditionnait une construction concentrée le long de l’avenue de la Vaîte ET à condition que toutes les autres options de lieux de construction aient été épuisées = la mairie n’en tient pas compte non plus. Ni devant les tribunaux, ni devant les citoyen·nes la mairie n’a jamais réussi à apporter la preuve que construire aux Vaîtes était leur seule option. Et pour cause ! Les friches déjà artificialisées ne manquent pas à Besançon et aux alentours.

Pour que le quartier des Vaîtes reste un quartier jardinier et maraîcher, pour une alimentation produite localement, pour une agriculture paysanne, pour la défense du vivant, pour sauver les jardins populaires, tous et toutes dans la rue le 2 avril !

Rendez-vous samedi 2 avril à 9h30 devant la Chambre d’agriculture (130 rue de Belfort).

Signataires

Les Jardins des Vaîtes, Confédération Paysanne, Via Campesina, Extinction Rebellion Besançon, Quartier Libre des Lentillères, Union Syndicale Solidaires 25, espace autogéré des Tanneries, France Nature Environnement Doubs, Alternatiba ANV-Cop21 Besançon, Les Amis de la Terre Côte d’Or, Le Pic Noir (non au Center Parcs de Poligny), collectif Franche-Comté sans OGM, syndicat La Voix Lycéenne, collectif Les Eco-lié·es, la CNL (Condéfération Nationale du Logement) de Besançon.



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