Errance Urbaine #2 - Juillet 2018

Vu dans les rues de Dijon en juillet

Le 18 juin dernier, pendant les commémorations de l’appel du 18 juin 1940, le PDG de la start-up nation France se paye un traditionnel "bain de foule". Alors qu’il passe auprès d’un groupe de collégiens, l’un d’entre eux entonne les premières mesures de l’Internationale et lui lance un « Ça va Manu ».
Voyant là un adversaire à sa taille, Manu roule des mécaniques et lui répond, de collégien à collégien, « tu m’appelles “Monsieur le président de la République” ou “Monsieur”. D’accord ? Voilà [...] Et tu fais les choses dans le bon ordre. Le jour où tu veux faire la révolution, tu apprends d’abord à avoir un diplôme et à te nourrir toi-même, d’accord ? Et à ce moment-là tu iras donner des leçons aux autres ». Manifestement pas mécontent de son coup, Manu et ses communiquants publieront l’échange sur la page twitter de l’Élysée le soir même. Askip « on juge un homme sur ses ennemis aussi bien que sur ses amis. »


Le mardi 3 juillet au soir, dans le quartier du Breil à Nantes, un CRS abat un jeune automobiliste d’une balle dans la gorge pendant un "banal contrôle de police". Comme toujours dans pareilles circonstances, la préfecture et les syndicats de policiers sont les premiers à communiquer : le jeune homme était multirécidiviste, a tenté de fuir, un policier a été blessé en voulant sauver des fillettes qui passaient par là...
Cette fois-ci pourtant ca ne marche pas comme ils l’auraient voulu. De nombreux témoins ont assisté à la scène et démentent le récit des policiers. De plus, des réactions à la hauteur de l’évènement (nuits d’émeutes, voitures brûlées dont celle de la maire Johanna Rolland, président de l’assemblée nationale viré du quartier, etc.) empêchent de passer le meurtre sous silence. Au bout de quelques jours, le CRS meutrier est bien obligé de reconnaitre qu’il a menti, tout en plaidant un tir accidentel ...peu crédible quand on connait les sécurités dont sont dotées ces armes.


Dimanche 1er juillet, Redoine Faïd (braqueur multirécidiviste et héros populaire) s’est évadé une nouvelle fois, en hélico, de sa cellule de Réau
Portrait :

Retour sur une évasion, qu’est ce que la taule de Réau ?

Rédoine Faid et son évasion spectaculaire et particulièrement réussie n’a rien d’une exception. Il s’agit de la norme de la prison : tant qu’il y aura des taules, il y aura des évasions. Et, en attendant d’en finir avec la prison, c’est déjà ça !


Encore un mort à Fleury

Lucas Harel, 21 ans, est mort samedi 21 juillet dans la prison de Fleury-Mérogis. L’administration pénitentiaire parle d’un suicide, ses proches et ses codétenus pensent à un passage à tabac.


Le 8 juillet le M.U.R., "une galerie ouverte à tous qui se métamorphose directement sous les yeux des passants, ayant pour ambition de fracturer la frontière invisible qui sépare le public de l’art", était inauguré en grande pompe en présence de la maire-par-procuration Nathalie Koenders, et de l’adjointe à la culture Christine Martin. Située rue Jean-Jacques Rousseau, l’emplacement de 7x4 mètre était investi par une oeuvre du grapheur Speedy Graphito entendant questionner l’addiction aux smartphone.
Dés le lendemain, la fresque se réveillait agrémentée d’un commentaire acerbe mettant en cause son effet gentrificateur ...puis rapidement de sa réponse. À passer leur vie sur leur smartphone les gens ont manifestement repris l’habitude de laisser des commentaires sur les murs.


Depuis plusieurs années les projets d’urbanisme mégalo de la mairie et du lobby du béton se heurtent à des oppositions grandissante : quartier libre des Lentillères, cantine populaire de la Carotterie. Nos confrères du Bien Public nous apprenaient ainsi dans leur édition du 10 juillet que des riverains du quartier de Larrey, ont entrepris une action en justice pour modifier un projet d’urbanisme prévoyant la construction de deux cent trente logements dans leur quartier.
Pourtant, avec plus de 7000 de logements vides (9.7% de son parc immobilier), Dijon est la ville au taux de vacance le plus élevé de France

Le Bien Public évoquait par ailleurs dans son édition du 23 juillet le risque de bulle immobilière.
Pour Jean Perrin, président de l’Union nationale des propriétaires immobiliers "nous sommes à la veille d’une grosse crise : il y a trop de nouvelles constructions, alors qu’il faut rénover". Il explique que 1500 logements sont construits chaque années alors que 350 suffiraient, et que par conséquent la vacance locative augmente et les promoteurs n’arrivent plus à vendre.
Son contradicteur, l’inénarrable Pierre Pribétich affirmait quant-à-lui que le risque de bulle immobilière est "un pur fantasme". Pour rappel Pribétich est président par intérim de Dijon Métropole mais aussi vice-président délégué à l’habitat et à l’urbanisme, adjoint au maire de Dijon chargé de l’urbanisme, et président de la SPLAAD, la société qui chapeaute la construction de l’écoquartier aux Lentillères.


Urbanisme et chiure de béton toujours, le 23 mai la cantine populaire de la Carotterie était expulsée de ses locaux du 134 rue d’Auxonne, occupés depuis le 31 décembre 2016. Depuis le bâtiment a été muré, et est en cours de démolition, ainsi que deux maisons et une grange attenantes. Un programme immobilier de la société Sopirim devrait venir défigurer un peu plus cette rue dans les mois qui viennent.


La centaine d’exilés et demandeurs d’asile qui vivaient depuis deux ans dans le squat XXL en a été expulsé le 11 juillet. Depuis pour eux la vie s’organise à l’espace autogéré des Tanneries.


Variante :

Le vieux Le Pen a manifestement vu ce tag puisqu’il y a répondu dans son interview par une quelconque feuille de chou :

Parmi les victimes de ce mois de juillet on compte les climatosceptiques, qui vont avoir du mal à justifier ce bilan tout en niant le réchauffement climatique :

  • En Grèce au moins 91 morts et 20 disparus, brûlés vifs. Parmi eux beaucoup d’enfants. Certains corps ne sont toujours pas identifiés. 1000 bâtiments et plus de 250 000 hectares sont partis en fumée. Ce sont les incendies les plus meurtriers en Europe de l’histoire du 21e siècle.
  • À la mi-juillet on dépassait les 30°C à hauteur du cercle polaire, des températures jamais vues à ce niveau du globe. Les pays Scandinaves sont en proie à une terrible sécheresse, liée à la canicule. La Suède a elle aussi été la proie des flammes. Le pays n’a jamais vécu une telle situation, et a du appeler au secours d’autres États européens. Faute de pompiers, l’armée a même du bombarder un incendie pour souffler le feu. Dans le même temps, le Danemark est asséché. Les pertes agricoles sont massives, comme les dégâts sur la faune et la flore.
  • En Californie, les feux sont devenus incontrôlables. 32 700 hectares ont été consumés, 500 bâtiments détruits. Les autorités parlent d’une dizaine de morts et des milliers de déplacés. Le parc Yosemite, avec ses arbres millénaires et son patrimoine exceptionnel est en flammes.
  • Au Japon également, c’est un record historique de chaleur, avec plus de 35° à l’ombre. Dans l’archipel, la canicule est considérée comme « catastrophe naturelle », avec 35 000 personnes hospitalisées, et des dizaines de morts.
    (Infos piquées sur Nantes Révoltée)

On commémorait ce 19 juillet les deux ans du meurtre d’Adama Traoré par des fonctionnaires de Police. Le 21 une marche avait lieu dans sa ville de Beaumont-sur-Oise.

Quant à l’affaire Benalla, vous n’avez pas pu y échapper, c’est le feuilleton de l’été.


Bien connu de la jeunesse DTR dijonnaise, commissaire principal et directeur départemental adjoint à la sécurité publique Bruno De Bartolo, autrefois connu sous les noms de "Commissaire Châlon", puis "Commissaire bavure" est depuis 2016 de toutes les manifs. L’oeil fourbe et le coup de talkie-walkie facile, ce sergent Garcia des temps moderne travaille tous les matins ses poses de cow-boy devant le miroir de sa salle de bain.

De Bartolo à l’oeuvre
Ici à la tête de ses bacqueux

Et puisqu’on parle de l’organigramme de la Maison Poulaga, sachez qu’un nouveau DDSP (Directeur Départemental de la Sécurité Publique, le supérieur de De Bartolo) vient de prendre ses fonctions en la personne de Jean-Claude Dunand. Il remplace le commissaire divisionnaire Thierry Alendé, dit "Commissaire Moustache", qui n’a manifestement pas supporté le climat local et vient de partir en retraite après trois ans passés à Dijon, à seulement 59 ans.

Jean-Claude Dunand, issu de l’école de la police nationale à Saint-Cyr-aux-Monts-d’Or, a débuté sa carrière à Dijon en 1983, puis a évolué dans la profession en passant par Oyonnax, Aix, Grenoble et Bourg-en-Bresse notamment. Premier aperçu de la politique qu’il souhaite mettre en oeuvre, dans son interview au BP (édition du 30 juillet) il déclarait : « Quand les policiers sont engagés sur le terrain pour lutter contre les casseurs, ils ne sont pas ailleurs. Il ne s’agit pas de ne plus protéger la ville contre les casseurs, mais peut-être de travailler différemment, plus en amont, pour éviter qu’ils ne nuisent et ainsi réduire les missions de maintien de l’ordre au profit de tous. Nous avons des idées, des projets qui se mettent en place et qui utiliseront le levier de la judiciarisation. Il sera temps de les exposer lorsque nous les mettrons en pratique. » Traduction : « si on empêche les militants d’organiser des manifs en les noyant sous les procédures judiciaires (cf : Tarnac, Bure, Quai de Valmy, ...) on aura plus de cognes disponible pour emmerder les jeunes des cités ».


Mention spéciale au jeune homme de 22 ans évoqué par le Bien Public dans son édition du samedi 28 juillet pour avoir tagué l’entrée du commissariat central (place Suquet). On ne pourra malheureusement pas vous faire profiter des photos des tags que le BP se contente de citer : "La police assassine", "Flics = porcs, assassins", "ACAB", etc.
Interpellé par la BAC à son domicile deux semaines après les faits il aurait, d’après certaines sources, passé 40h en garde à vue et échappé de peu au contrôle judiciaire avec bracelet électronique. Nous ne pouvons que lui conseiller de contacter la caisse de solidarité contre la répression (07 60 63 50 83)



Et n’oubliez pas :