Noces eco-barbares

Barbara Pompili et Jean-Michel Blanquer marient leurs ministères lundi 17 mai aux lycées le Castel et Charles de Gaulle. Aucun lecteur de Dijoncter n’est convié à la noce. Donc, ni fleurs ni couronnes.

Au lycée Le Castel, on s’agite en cette veille de week-end de l’Ascension. On fait la poussière dans les coins, on aère les nappes qui en ont bien besoin (la dernière fois qu’elles sont sorties de la buanderie, c’était sous René Coty), on tond les pelouses entre deux averses et on sort le pinard de la cave. Côté direction, on affine ses éléments de langage car on est rompu à la communication en marche. Il s’agit de prévenir la communauté éducative (plus le petit peuple des agents qui s’agite pour faire disparaître les crottes de souris et nettoyer les vitres) de la venue de deux éminentes figures de la cinquième république macronisée, à ma droite Jean-Michel Blanquer, actuel caudillo de l’éducation nationale, lui-même à la droite de Barbara Pompili, ornement décoratif à l’Hôtel de Roquelaure.

  • Barbara qui ?
  • Pom-pi-li.
  • Moi j’en connais qu’une Barbara et la dernière fois que j’ai entendu parler d’elle, elle prenait l’eau à Brest.
  • Non, pas celle-là, celle du ministère de la transition écologique. Barbara Pompili, tu sais, elle ressemble un peu à Nathalie Koenders.
  • Nathalie Koenders ? Tu veux dire l’adjointe au maire de Dijon qui rend hommage aux forces de l’ordre comme une boîte à meuh que l’on retourne et arme les policiers municipaux ?
  • Oui voilà, et bien Barbara Pompili, c’est un peu sa cousine parisienne, celle qui est montée à la capitale et qui a réussi.
  • D’accord, et ils viennent faire quoi à Dijon Barbara Pompili et Jean-Michel Blanquer ?
  • Fêter leurs noces.
  • Ils se marient ?
  • Oui, oui, ils signent le contrat par consentement mutuel, le 17 mai, la « convention interministérielle » qui unira, pour le meilleur et surtout pour le pire vu ce qui s’annonce question climat, l’éducation et l’écologie.
  • Et qui leur sert de témoins ?
  • On ne sait pas trop, la rumeur dit que la rectrice, le maire voire le préfet seront présents. Au printemps sortent les mouches et les notables comme dit le proverbe.
  • Donc il va être question d’écologie mais les professeurs du lycée Le Castel, on en fait quoi pendant le mariage, ils servent les petits fours et les gougères ?
  • Non, en fait il y aura un périmètre sécurisé dans le parc, autour du château, sous la garde de Mme F...cheffe des RG, ancienne Miss Marsannay, pour que l’on ne vienne pas importuner le ministre avec des questions sur la réforme des lycées, le bac, le contrôle continu et toutes ces conneries islamo-gauchistes.
  • Tu as raison, les anarcho-syndicalistes, le chef du monde de la rue de Grenelle, il saura leur parler. Sanctions, conseils de discipline, blâmes, déplacements, devoir de réserve, circulez, il n’y a rien à voir mais tout à perdre. Faut pas les lui briser menues quand il mange des œufs en meurette, avec sa collègue Pompili à l’école hôtelière du Castel. Un tonton flingueur. Il est là pour inaugurer la fresque du climat peinte au rouleau, dire oui oui au proviseur qui n’en revient pas de voir un ministre au milieu de sa pelouse et faire risette aux champions du tri sélectif et du papier recyclé. Pas là pour faire du social avec des assistés qui, en plus, le détestent.
  • Et après ?
  • Après, il fait un tour au lycée Charles de Gaulle, Barbara P… propose au proviseur d’installer une éolienne dans la cour et des panneaux solaires sur le toit de la cantine, lui, il serre la louche au maire qui le suit partout depuis le matin, pour essayer de le faire partir (quel pot de colle ce type !) et hop, bye, bye, il se casse. 17H17, dans le TGV, 1re classe. Babe fait péter le pain d’épices de chez Mulot/Petitjean, le bouchon du Clos Vougeot offert en douce par la mairie. On n’a pas vu un seul prof, pas un seul activiste qui pue et vit dans une friche, pas un seul freluquet de l’UNL, pas une seule manif de dépenaillés. Une journée réussie à tous points de vue en somme. Emmanuel M… sera content, les proviseurs du Castel et de Charles de Gaulle pourront enfin enfiler leur pantoufles et regarder tranquilles La Casa de Papel, le maire sera assuré du soutien de l’état pour défendre son projet de ville verte, cornegidouille Garden State, la rectrice eco-durable (hélas) s’endormira sereine et le préfet, quant à lui, retournera à ses OQTF chéries qu’il compte le soir pour s’endormir.

Morale. Il en faut toujours une.
Dijon, lundi 17, en état de siège. Le lycée Le Castel sera entouré de cordons de police, les renseignements généraux seront au taquet pour traquer le protestataire et le photographier, les lacrymos (s’il en reste après l’assaut du jardin de l’Engrenage ) seront prêtes à servir. Blanquer se fera filmer avec les petits de l’école Lamartine (jouera-t-il à la marelle comme il en a l’habitude à chaque fois qu’il voit un enfant ?), se fera cirer les pompes par des chefs d’établissement obséquieux qui, pourtant, en bavent comme des chiens depuis qu’il est ministre. Pompili aura, par sa présence, apporté de l’eau au moulin de Rebsamen, l’aura secouru charitablement après ses exploits guerriers au jardin de l’Engrenage et aura donné de l’écologie une image inoffensive et mièvre. Fermer les robinets, éteindre la lumière apprendre à cuisiner les épluchures, ne pas gâcher la nourriture, adouber des éco-ambassadeurs et délégués, premiers de la classe dans des établissements scolaires, tel sera en substance le message délivré par une ministre fantoche. Et les Lentillères, Madame Transition écologique, et le jardin de l’Engrenage, récemment massacré à tel point qu’Antoine Chao, dans son émission sur France Inter « C’est bientôt demain », compare le terrain dévasté à Verdun, vous n’avez pas envie de les visiter ? C’est pourtant en ces lieux que se joue l’avenir des villes du futur et non dans les bureaux des promoteurs immobiliers membres du Rotary Club, adeptes des pelouses en rouleau et des toits végétalisés. Et vous, Jean-Michel Blanquer, n’avez-vous pas envie de causer avec des vrais élèves et des vrais enseignants, pas les courtisans choisis par la direction ? Pourquoi donc ? A moins, finalement, que cela ne soit les élèves et les enseignants qui n’aient pas envie de vous causer. Que dire à un ministre qui depuis cinq ans aura dépensé plus d’énergie à faire fermer des gueules qu’à rendre l’école attractive, les programmes intelligents, les profs et les élèves heureux ?

Rien.

Alors vivement lundi 17h17, gare de Dijon, TGV 7532, voiture 10, carré VIP. Barbara et Jean-Michel sont dans un TGV. Jean-Michel saute par la fenêtre...ah ! merde il reste Barbara. Alors, Barbara et Jean-Michel sont dans un TGV, Barbara saute par la fenêtre...ah ! Merde il reste etc. Reste plus qu’à faire dérailler le TGV.

On a encore un an pour cela.

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