[Besançon] La sororité s’arrête aux personnes trans’ et aux travailleuses du sexe


Doubs

Détails des carences de la « journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes » à Besançon.

La « journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes » est, chaque 25 novembre, une date universellement célébrée. À Besançon depuis 2004, un collectif éponyme d’associations et d’institutions propose ainsi des projections, débats, ou encore rassemblements, afin de sensibiliser le grand public à la question. Si le dessein initial fait unanimité, certaines carences autrefois légion sont néanmoins aujourd’hui pointées du doigt. Nombre de structures et militant.e.s trans’ et travailleur.euses du sexe se sentent en effet marginalisé.e.s de la synergie mise en place, alors même qu’ielles figurent parmi les premières cibles d’atteintes verbales et physiques.

Une journée du souvenir trans’ à Besançon inconnue au bataillon ?

À l’origine de cet événement annuel, l’œuvre d’une dizaine de références associatives et institutionnelles de la capitale comtoise. Un travail considérable qu’il faut souligner, afin de sensibiliser, dénoncer, et accompagner, face aux multiples violences sexistes et sexuelles. Mais derrière la vitrine à priori ouverte et large, le manque de diversité et de pluralité saute rapidement aux yeux. Un nombre considérable de structures, directement ou potentiellement touchées, manquent en effet à l’appel. Nouvel Esprit, XYZ, Trans’Comté, le Cercle, AIDES, le Groupe d’Action Féministe, ou encore Putains dans l’âme, n’en sont que quelques exemples notables.

Où sont donc passés les LGBTQIAP+ ? Alors même que cette population est marquée par des atteintes singulièrement graves et récurrentes, sur la vingtaine de rencontres proposées du 15 novembre au 4 décembre… une seule petite mention a été relevée sur cette question. Mais dans la mesure où la cause est censée être spécifiquement considérée chaque 17 mai, la donnée peut sans doute être discutée. Reste une négligence moins audible à fortiori le 20 novembre, date localement choisie pour la manifestation visant à la lutte « contre les violences sexistes et sexuelles » à Besançon. Si l’intention est bien sûr absolument louable et salutaire, un « oubli » laisse toutefois songeur.

Car il s’agit en effet de la « journée du souvenir trans », connue en France depuis 2002. Localement les mobilisations à ce sujet ont certes été jusqu’alors peu suivies, mais certain.e.s expriment leurs regrets qu’à défaut aucune note ne soit au minimum ajoutée. « C‘est pas comme si le 25 novembre avait des subventions de la mairie et toute une semaine consacrée, contrairement aux événements trans*/inter/non-binaires sur lesquels on s’essuie perpétuellement les pieds » s’emporte ainsi un.e militant.e. En Bourgogne, les choses semblent plus consensuelles : des portes ouvertes à la « Commune Pink LGBTQIAP+ » le 20 novembre, et une manifestation unitaire fixée au 27.

Les travailleuses du sexe, éternelles invisibles.

Autre absence remarquée, celle des travailleuses et travailleurs du sexe (TDS). A Besançon et en Franche-Comté, la plupart sont pourtant structuré.e.s depuis plus de dix ans, en particulier à travers le collectif « Putains dans l’âme » (PDA). Installation de locaux situés à Battant, mise en place de maraudes régulières, organisation d’événements… l’association ne passe pas inaperçue, tant dans la défense des conditions professionnelles et personnelles des concerné.e.s que pour l’affirmation d’un féminisme manifeste. Une existence semble t-il insuffisante voir gênante, en tout cas aux yeux de certains organisateurs qui apparaissent finalement là encore très repliés sur eux-mêmes.

Car pour la majorité de ces structures l’abolitionnisme est la règle, conviction les amenant à parfois déconsidérer toute autre revendication en la matière. Y compris et surtout lorsqu’elles émanent des principaux intéressés. Ainsi durant l’édition 2020, une campagne avait été largement diffusée dans les rues… associant et dénonçant, pêle-mêle, incestes, agressions, mariages forcés, ou encore excisions, à la prostitution. Un amalgame et une stigmatisation jugés inadmissibles par PDA, qui avait alors aussi rappelé que le trafic d’êtres humains, l’esclavage sexuel, et les diverses atteintes à la dignité, doivent évidemment être combattus mais définis et dénoncés en tant que tels.

M., membre de l’association, ne comprend pas ce traitement. « Nous sommes le seul organe de ce type à Besançon ! À ma connaissance, pas une seule des autres formations ne peut se prévaloir d’être représentative sur le sujet, et donc de pouvoir en parler, car aucun.e. concerné.e. n’y est. Pourtant, nous en avons des choses à dire : violences, précarité, isolement, exclusion, stigmatisation, vulnérabilités… la putophobie, c’est une réalité. Alors se voir en plus marginalisé.e.s voir exclu.e.s par des adelphes, ça la fout vraiment mal. Quelques échanges ont bien eu lieu ces derniers mois, mais nous n’avons jamais été invité.e.s et on ne se sent pas vraiment admis.e.s. »

Un changement de cap en 2021 ?

Principales voix du cartel du 25 novembre, nous avons sollicité « Solidarité Femmes » et « Osez le féminisme. » Celles-ci avancent que des « rencontres et discussions » ont été réalisées parfois de longue date avec les autres entités citées, et que si des erreurs ont pu être commises toutes s’activent désormais à la convergence des luttes. On nous précise ainsi que la date locale avancée est en fait celle arrêtée par #noustoutes au niveau national, les libertés prises auparavant sur le calendrier se soldant par une division et un échec des mobilisations. Aussi, l’inauguration de la statue d’Henriette de Crans, calée et prévue ce même jour, invitait à une concentration des événements.

Concernant la journée du souvenir trans’, on nous affirme que « les collectifs XYZ et Nouvel Esprit LGBTA seront présents le 20 novembre, étant d’ailleurs prévu qu’ils prennent la parole lors des manifestations. » Un contact certes significatif, mais qui ne s’est pas soldé par une coalisation officielle. Nos interlocutrices reconnaissent également que la commémoration « n’est pas mentionnée dans les programmes papiers », mais plaident « un souci dans la transmission des informations. » Une étourderie en partie réparée sur les réseaux sociaux et en interne, les deux organisations ayant effectivement clarifié la situation depuis le 12 novembre dernier dans leurs publications.

Enfin à propos des travailleuses et travailleurs du sexe, une rencontre a été réalisée en février 2021 avec « Putains dans l’Âme » « dans un souci de dialogue. » Mais d’un coté comme de l’autre, aucune suite concrète n’aurait émergé entre-temps. On tient cependant à souligner que ces « manifestations sont ouvertes à tous.tes dans le respect de la liberté d’autrui », et qu’il « n’a bien sûr jamais été question d’interdire une présence lors d’une manifestation ou la mise en place d’actions autour du 25 novembre, à PDA ni à aucune association féministe. » Les explications, à défaut d’être convaincantes, semblent au moins sincères. Peut-être un sans faute en 2022 à Besançon ?



Proposer un complément d'info

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Se connecter
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Lien hypertexte

(Si votre message se réfère à un article publié sur le Web, ou à une page fournissant plus d’informations, vous pouvez indiquer ci-après le titre de la page et son adresse.)

Ajouter un document

Articles de la même thématique : Féminisme(s)

Articles de la même thématique : Luttes LGBTQIA+

Le cofondateur de Lesbians and Gays Support the Miners raconte

En 1984, Mike Jackson participe à la création de Lesbians and Gays Support the Miners, un groupe de solidarité destiné à aider les mineurs dans leur lutte contre la fermeture des mines britanniques. Quatre décennies plus tard, Mike parle de l’organisation et de la solidarité avec les mineurs.