[Pontarlier] Policiers et médias auraient-ils « maquillé » une bavure ?


Doubs

Ce week-end la presse s’est penchée sur un accident de la route, survenu vendredi dernier à Pontarlier. Un conducteur a été lourdement encastré par une équipe de police, et se trouve actuellement entre la vie et la mort. Si les conditions exactes de l’incident restent à déterminer, flics et médias ont immédiatement communiqué afin de dédouaner les agents de tout soupçon de faute.

Quitte à faire dans le n’importe quoi. Emma Audrey, grand reporter à radio BIP/Média 25, a décortiqué ce naufrage.

Il faut sauver le soldat Police Nationale.

Vendredi 4 février vers 21h00, un grave accident routier s’est produit au coeur d’un carrefour de Pontarlier (Doubs). Il implique un véhicule de la police nationale, avec trois fonctionnaires à son bord, et une Citroën Xsara Picasso, conduite par un homme de quarante-neuf ans. Dans le premier cas on relève un bras légèrement blessé, dans l’autre un grave arrêt cardio-respiratoire. Comme souvent chacun échafaude alors des pistes et théories quant au sinistre, mais au final nul ne connaît encore vraiment quoi que ce soit des tenants et aboutissants précis alors en plein examen.

Une réalité qui devait inviter à la sagesse et à la temporisation, mais est au contraire ignorée par les pouvoirs publics et leurs plus fidèles relais. L’enquête porte d’ailleurs sur des faits impliquant des agents, mais a pourtant été confiée à des collègues et supérieurs hiérarchiques… une spécialité française, dont le conflit d’intérêt majeur n’a pas semblé poser de problèmes. Encore moins aux « journalistes » mainstream, qui plutôt que de poser cette donnée fâcheuse en postulat vont immédiatement reprendre à la lettre les seules versions de ces « sources » et « communicants. »

Dés le lendemain, Le DDSP Yves Cellier et le Procureur de la République Étienne Manteaux vont ainsi s’atteler à défendre coûte que coûte leurs rangs. La scène est aussi crue qu’explicite : les flics, passés au feu rouge, ont violemment heurté une autre voiture alors engagée. Arguant d’une intervention prioritaire suite à un appel pour une rixe, à aucun moment la loi n° 85-677 du 5 juillet 1985 et sa jurisprudence ne seront évoquées. L’éventuel usage d’avertisseurs sonores et lumineux, qui reste à démontrer, ne pourrait effectivement autoriser une attitude susceptible de mettre des tiers en péril.

Un énième naufrage des médias mainstream.

Les fins limiers vont alors s’appuyer sur deux prétendus témoins, qui auraient affirmé selon eux avoir vu la bagnole de la victime « passer à l’orange » et avoir ensuite « senti une odeur d’alcool dans l’habitacle. » Comme pour le reste de cette affaire, la presse n’a pas effectué les vérifications et recoupements elle-même et doit donc se contenter de croire sur parole ses interlocuteurs. Elle ne va pourtant pas se priver de répandre généreusement l’information, sans recul ni précaution. L’Est Républicain et France Bleu, connus dans ce registre, en feront notamment leurs choux gras.

Mais patatras, la belle mécanique s’enraye. Ce lundi, les analyses toxicologiques du conducteur sont tombées : aucune trace d’alcool, de stupéfiants, ou de médicaments dans le sang. Celui-ci est actuellement toujours entre la vie et la mort. Mais n’oubliant pas de rappeler que les siens sont « choqués par l’accident et très affectés par la situation », leur chef a promis la mise en place illico d’une cellule psychologique dans leur commissariat. Pour l’homme hospitalisé, dont les jours sont donc menacés, ou sa famille, visiblement personne n’aura le moindre mot ou geste de ce côté là.

Une énième fois, les relations incestueuses entre grattes-papiers et uniformes apparaissent dans toute leur infamie. En Franche-Comté comme ailleurs, certains semblent un peu vite oublier la charte de Munich ou le code de procédure pénale. Pour garnir leurs colonnes de faits divers tapageurs, combien sont prêts à ne pas se mettre effrontément les matraques à dos ? Le rôle des médias indépendants a encore ici été précieux, à l’instar d’Emma Audrey qui a révélé cette affaire. Pour eux, l’information, même venant d’un gradé, se doit d’être traitée avec prudence et objectivité.



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