Face aux violences de l’extrême-droite, Lyon engage une riposte populaire



Plusieurs milliers de protestataires étaient dans les rues de Lyon ce samedi 23 octobre, dans le cadre d’un appel national visant à dénoncer les violences commises par des membres de l’extrême-droite locale.

La capitale des Gaules est en effet considérée comme un « laboratoire » majeur de cette mouvance, qui multiplie depuis plusieurs années les implantations et expéditions punitives à caractère raciste et politique. Avec, à ce jour, pas, ou peu, de réactions concrètes de la part des Autorités. L’occasion d’exprimer un véritable ras-le-bol populaire, sous la forme d’une levée de boucliers unitaire, rassemblant habitants, organisations, partis, syndicats, et élus.

Plusieurs milliers de manifestants dans les rues.

Le cortège a rassemblé environ 2 500 participants selon nos estimations, quelques 1 800 pour la Préfecture et jusqu’à 5 000 d’après certains organisateurs. Les formations étaient nombreuses à répondre présentes : en tête la Jeune garde, composée des sections de Lyon, Paris, et Strasbourg. Elle représente, avec la GALE (Groupe Antifasciste Lyon et Environs), qui fermait la marche, l’une des principales forces antifascistes de terrain. Les syndicats (CNT, CNT-SO, CGT, SUD/Solidaires, FSU, UNEF…), les organisations et partis (UCL, LO, NPA, PG, PCF/JC, France insoumise, Ensemble !, EÉLV…), ainsi que les collectifs et groupes infinitaires (Alternatiba, ANV/Cop-21, ATTAC, Justice pour Medhi, queers, féministes, gilets jaunes), étaient aussi visibles.

Raphaël Arnault, porte-parole de la Jeune garde à Lyon, égraine les exactions perpétrées ces dernières années par les identitaires, nationalistes, et autres néonazis de la région. « Ici, l’extrême-droite, c’est un vrai problème. Quand ils prennent racine, les conséquences se font ressentir au quotidien. Les attaques se multiplient, contre les militants et les locaux de gauche. Pendant ce temps là, les Autorités détournent le regard. Il revient à chacun d’agir, de se lever contre ces nervis. Nous sommes donc des milliers à le dire aujourd’hui. » Cybèle David, pour Solidaires, insiste sur le degré de nuisance et de brutalité des mis en cause. « Ils s’immiscent tranquillement, et une fois installés s’en prennent physiquement à tout contestataire, en groupe et armés… ce sont des lâches ! »

Éric Coquerel, député LFI, était aussi dans les rangs. Il pointe également « le climat général qui rends ce type de situation possible, les thèses racistes et fascistes s’étant considérablement décomplexées. » Les habitants les plus modestes, riverains mais aussi commerçants, n’étaient cependant pas en reste, certains tenant à faire tendre leur voix. À l’image de Valérie, qui a vécu et grandi dans ce secteur. « Dans ces quartiers, il faisait jadis bon vivre. J’y ai passé presque cinquante ans, ce fut un réel bonheur. En moins d’une décennies, quelques fachos se sont appropriés notre coin de paradis pour y semer la haine et la terreur. Je suis là car c’est d’abord à nous, les premiers concernés, de mener le combat. N’ayons plus peur de ces paumés qui se croient en croisade, clamons ouvertement notre opposition. »

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Le groupe de la Jeune garde, en tête de cortège

Un contexte délétère, qui perdure et s’amplifie.

Le parcours, déposé et validé en Préfecture, est parti de Bellecour pour rejoindre les Terreaux, en passant par les quais et le Vieux-Lyon. Sans débordements, ou presque. À quelques mètres d’un des repères de la mouvance identitaire, une trentaine de membres tentaient de provoquer la foule. Une bravade certes symbolique, et surtout sous couvert d’un solide cordon de policiers. Mais pour Julien, de la librairie la Plume Noire, la vigilance demeure maximale. « Même avec une telle démonstration de force de notre côté, nous devons être prêts à toutes éventualités. Nous assurons ainsi notre propre sécurité, n’ayant aucune confiance en les uniformes et institutions. » Un état d’esprit partagé sur place, nourrit par une litanie d’errements difficilement explicables.

Le 29 mai dernier déjà, une première mobilisation entendait alerter opinion et pouvoirs publics sur les assauts perpétrés par les groupes et individus de l’extrême-droite lyonnaise. La manifestation féministe du 7 mars, la librairie la Plume Noire le 20 mars, la marche des fiertés lesbiennes le 24 avril, le siège de Radio Canut le 1er mai, furent alors autant d’attaques marquant la seule année 2021, entre autres « descentes » visant la CNT, le PCF, le centre LGBTI+, ou de simples citoyens. Les opérations commandos racistes et politiques n’ont pas cessées, comme le répertorient nos confrères de Rapport de Force. Les 7 mars, 28 juin, 28 août, 4 septembre, et 29 septembre, furent également émaillés d’agressions, d’affrontements, et d’atteintes diverses en la matière.

La justice s’est depuis décidée à taper fort… sur les « antifas. » Sept membres de la GALE sont ainsi inquiétés dont quatre placés en détention, dans l’attente d’un procès prévu ce 4 novembre 2021. Il leur est reproché d’avoir été partie prenante lors d’une altercation le 28 août dernier, avec le groupuscule fondamentaliste Civitas. En l’absence de plainte ou de signalement, le parquet s’est auto-saisi du dossier. Un proche des prévenus, déterminé, rappelait : « les nazillons menacent, harcèlent, tabassent, aux yeux de tous, et en toute impunité. Mais quand nos camarades osent réagir devant cette ignominie, l’État se montre intraitable en les criminalisant et en les enfermant. Exigeons leur libération immédiate, et réaffirmons que nos luttes sont légitimes et salutaires. »



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