J’ai reçu une lettre du père Noël : à Dijon, il s’appelle François !

Une célébrité écrit aux dijonnais. François Rebsamen en personne. Maire, sénateur, ex-ministre du travail que leur veut-il ce 17 janvier 2020 ? Il craint peut-être que les 15 et 22 mars, ses braves concitoyens soient privés de voix, le larynx brisé, une mode lancée par la police nationale ? Il est temps d’examiner ensemble son argumentaire et de décider de l’efficacité de son sirop.

Déjà sur l’enveloppe, l’adresse « 1, rue Musette ». Une incitation à l’évènement Facebook. « Eh ! Je suis invité chez François, tu prends les nonnettes en bas de chez lui ? J’apporte l’aligoté pour le kir ». On s’entasse dans le salon sous les combles et on cause, façon grand débat. François à l’aise, crinière argentée et barbe naissante, chemise Zara, un compromis acceptable entre prêt à porter de luxe et tenue décontractée, mainstream.
On discute du contenu de la lettre.
Format A4. Formule manuscrite un peu contrainte en bas à droite . « Bien respectueusement, votre maire ». Faut bien finir c’est sûr mais ce « votre » à des relents laïcisés de Notre Père. Votre maire qui êtes à la mairie, que votre règne vienne etc. La suite de la prière échappe, heureusement.
Comment parler d’une ville comme Dijon dont le nom a pris perpète avec la moutarde ? Les ducs de Bourgogne, tout le monde s’en fout sauf au moment du son et lumière en été mais la moutarde pas moyen d’y échapper. Jusqu’à inventer des dégustations de matières hybrides rue de la Liberté, parfum canard/pané sauvage. On passe.
« Votre » maire a donné des ordres. Ne pas lésiner sur les adjectifs « Une capitale régionale écologique, solidaire et attractive » et deuxième auto tampon « un rayonnement national et international ». Encourager le rapprochement physique « je dirige (...) main dans la main avec tous les acteurs du territoire ». Beau comme du Françoise Hardy.
La syntaxe est simple mais chaleureuse « Notre ville est douce à vivre », en amorce, puis en arrière-plan « le centre-ville piétonnisé est apaisé », « le commerce et le tourisme sont florissants ». Là, dans le salon de votre maire, l’assemblée s’agite et des anarcho-syndicalistes entrés clandestinement chez « votre » maire déguisés en hipsters sèment leur zone.
Apaisé hurlent-ils ?
Depuis plus d’un an la BAC, la police nationale et municipale transforment chaque samedi les rues en barnum lacrymogénisé, le Bien Public diffuse des photographies illisibles (tu ne sais pas si tu es en Sologne un jour de brouillard ou dans un centre-ville sponsorisé par le ministère de l’intérieur). Les commerçants sont en crise dans les boutiques franchisées et ne parviennent plus à écouler leurs stocks de jeans en provenance de Turquie. Ils perdent de l’argent à cause de ces salauds de gilets jaunes sans compter depuis décembre les salariés, surtout les fonctionnaires qui coûtent cher aux finances publiques et ne rapportent rien. Des vampires. Pire, des morpions.
Les anarcho-syndicalistes sont sur le point de balancer leurs tartes aux vieux légumes sur la tête des étudiants de la Burgundy School of Business. François Rebsamen, rattrapé par son tempérament de marlou des fortifs s’apprête à donner des coups de boule.
Et on n’a pas encore lu la seconde moitié de la lettre.
Celle où « votre » maire sort du bois et annonce son intention de se représenter. Cinquième paragraphe alors que dans la pièce, les coussins en cashmere volent, on lit « Après avoir été ministre, j’ai fait le choix de Dijon ». Un historien présent sous les poutres s’étrangle et après avoir évité de recevoir en pleine poire une part de cake aux crosnes, s’écrie « Halte au révisionnisme ! ».
Et là, l’observateur objectif, reconnaît que l’on ne peut pas lui donner tort. Oui, votre maire a été ministre du travail en 2014 sous François Hollande et depuis, chaque jour, il le regrette. Il est resté célèbre pour avoir échoué sur le chômage qu’il voulait terrasser (n’est pas Saint Georges qui veut), pour avoir le premier évoqué l’allongement du temps de travail et proposé de traquer avec une sévérité accrue le chômeur abusif et paresseux. Au bout d’un an et demi, rincé comme Sylvester Stallone dans le dernier Rocky, il revient dans-sa-bonne-ville mourir d’ennui à l’ombre des caméras de surveillance. Adieu la rue de Grenelle, bonjour la Saint-Vincent tournante. De ministre à notable plus dure sera la chute.
La fin de la lettre tente un anagramme « Maire est d’ailleurs l’anagramme du verbe Aimer ». Rebsamen n’est plus que François, le roi nu, celui qui éprouve de la « passion » pour les « habitants » de Dijon (la « Passion » peut-être dangereuse, il y a un précédent célèbre). Enfin, surtout ceux qui sont en règle et ont des papiers. Les autres se retrouveront au printemps place Wilson après avoir été éjectés d’un squat (on ne peut tout de même pas cautionner les occupations illégales, bafouer le droit à la propriété de biens en ruine inoccupés depuis dix ans !). « Votre » maire est impuissant à contrer la politique migratoire de « votre » préfet. Que voulez-vous, le maire, aussi « agent de l’état », agit sous le contrôle de la préfecture. Votre maire a le cœur en sang mais il ne peut défendre comme il le voudrait le malien persécuté et le kosovar ostracisé. Bon d’accord il y a quelques avantages à cela. En 2010, sa haine des Roms a pu passer pour une mission caritative. On se souvient de la phrase du sénateur-maire « Il est du devoir du gouvernement de reconduire à la frontière les illégaux ». Gadjo bobo flingueur.
La lecture de la lettre est terminée. Un silence s’installe. Les coussins en cashmere et les tartes aux vieux légumes sont retombés. Il ne reste plus que l’annonce d’un grand jeu des « 7 défis » lancé par « votre maire ».
Si cela en amuse certains, qu’ils tentent de deviner les sept travaux. Le suspense reste entier puisque la réponse ne sera dévoilée qu’au fil des semaines.
La soirée se termine. « Votre maire » pousse tout le monde vers la porte. La BAC est venue chercher les anarcho-syndicalistes depuis longtemps. Les étudiants de la Burgundy School of Business ont un after au Trinidad. Animal triste post coïtum. « Votre » maire, seul, contemple les chipsters écrasés sur le parquet flottant. La bonne passe demain.
Rendez-vous le 15 mars et d’ici là que la fin de l’hiver soit douce, conviviale, écologique, dynamique, propre et propice à la consommation car « votre » maire compte sur vous et sur votre amnésie.

Non sincèrement François Rebsamen, tu sais où tu peux te la mettre ta lettre ? Et d’abord c’est toi qui as payé l’affranchissement ?

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28 janvier


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