Gilets Jaunes, acte XXI : Tout ce que la colère a fait de meilleur

Récit à chaud et en images de l’Acte XXI des Gilets Jaunes à Dijon. Cette manif marque le retour de pratiques offensives dans les manifs du samedi. Les forces de l’ordre ont du passer l’aprem à courir après un cortège capable d’être à la fois agile et offensif au milieu des gazs.

En cas de blessures ou d’arrestation pendant la manifestation, contactez la caisse de solidarité contre la répression au 07 53 49 05 48

L’appel qui circulait sur les groupes facebook depuis samedi dernier annonçait la couleur : tout noir. La manif s’annonçait tendue, elle a tenu ses promesses. Il faut dire que beaucoup de Gilets Jaunes ont très mal vécu l’attaque policière contre le Boeuf Blanc, le QG des street médics et de beaucoup de GJ, à la fin de l’acte XX.

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Black Bloc <3 Boeuf Blanc

Dés le début, on voit que beaucoup de gens ont respecté le dress code : beaucoup de personnes sont tout en noir, souvent masquées correctement, et il y a au moins 5 ou 6 banderoles, dont certaines renforcées. Ça promet !

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La manif part en direction de l’Auditorium, puis tourne devant le centre des finances publics, en bas des Grésilles, en suivant le même parcours que certains actes courant janvier. On s’attend à ce que cette cible légitime et à portée de main se fasse attaquer, mais, mis à part un feu d’artifice, la plupart du cortège passe devant sans grande réaction. On se met à douter.

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*Parenthèse Black Bloc*
Depuis le début du mouvement des GJ on entend beaucoup parler des Black Blocs, les « BB » comment les appelent affectueusement (?) les Gilets Jaunes. On va pas refaire tout l’historique, on aimerait juste revenir sur le problème de l’identité Black Bloc. Il faut rappeler qu’un Black Bloc c’est juste une tactique en manif, qui permet de se protéger de la police en se rendant anonyme (d’où les masques et les habits de la même couleur), et en créant une masse de gens plus difficile à attaquer que des individus isolés.
Le fait que beaucoup de gens parlent des Black Blocs, pour désigner les personnes qui utilisent cette tactique, pause un double problème - outre le fait que ca soit un non-sens. D’abord le Black Bloc devient un pur spectacle, détaché de sa raison d’être première : pouvoir se défendre et éventuellement attaquer. « Le Black Bloc » devient le personnage d’une pièce de théâtre au même titre que « le Bon Manifestant », ou « le Flic ». Ce qui pose un second souci : les identités se retrouvent cloisonnées. C’est pour ça que, bien que les Gilets Jaunes soient maintenant nombreux à soutenir les personnes qui participent à des Black Blocs (voir l’émeute sur les champs le 16 mars), on a souvent l’impression qu’ils continuent de voir les membres du Black Bloc comme des « autres ». L’impression que « les GJ soutiennent les BB », mais qu’ils restent frileux à se réapproprier ce qui - rappelons-le encore une fois - est une tactique, et pas un club fermé d’émeutiers professionnels.
Si cette question du Black Bloc vous intéresse et que vous voulez lire des trucs pas trop bêtes dessus on vous renvoie vers cet article
Ce samedi on scrutait avec attention la façon dont les différents groupes et leurs tactiques s’articulaient, et il faut bien dire qu’en réalité on avait du mal à clairement séparer les gens en groupes distinct. La Préfecture pourra dire ce qu’elle veut sur les noyautages et autres infiltrations de la manif, ce samedi il n’y avait qu’un cortège, dans lequel se trouvaient mêlés des gens habillés tout en noir, des gens en gilet jaune, et des gens habillés tout en noir, avec des gilets jaunes. Nos doutes se sont donc vite dissipés, d’autant que la manif n’est pas restée calme bien longtemps.

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*Fin de la parenthèse*

Après le centre des finances publiques, le cortège se dirige vers Ikea, et le mot commence à tourner que les groupes organisés qui dirigent la manif espèrent atteindre la rocade pour la bloquer. Peu avant d’arriver devant Ikea, la cour d’un gros batiment industriel (ancienne usine ? magasin ?) est vidée de tout ce qui y traine. Barrières Vauban, palettes, pneus, etc. sont transportés par des dizaines de petites mains, qui commencent à les emmener vers les quelques centaines de mètres qui les séparent de la bretelle d’accès à la rocade. On y croit. Tout le monde se met à crier « révolution, révolution », comme pendant cet inoubliable 16 mars sur les Champs.

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Espoir de courte durée : arrivé devant Ikea, la police nationale fait face et gaze massivement le cortège, obligeant tout le monde à reculer d’une centaine de mètre en crachant ses poumons.

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Souricière

La tension monte en flèche en quelques minutes. Des flics commencent à arriver de plusieurs endroits, ils sont aussi en mode énervé : ils gazent au large. On tente d’atteindre la rocade en passant par derrière Ikea, dans la zone industrielle de Cap Nord. Autant dire que le parcours est pas très réjouissant. La vue est pas folle, il n’y a pas un rat, et on est beaucoup à pas trop savoir où on va. Comme on s’y attendait, les flics arrivent d’en face. Pendant qu’un groupe part vers les rails, le gros de la manif rebrousse chemin, puis, les flics à ses trousses, tente une autre rue, au bout de laquelle on voit la rocade de près... mais derrière une ligne de flics, qui gazent encore. En étant un peu plus réactif et rapide on aurait peut être pu les prendre de vitesse, mais on ne va pas refaire le match. Gardons quand même en tête que dans ce genre de situation, la vitesse est notre meilleure alliée !

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En tous cas, ca sent le roussi, on repart du côté d’Ikea, mais les CRS nous y attendent toujours et nous gazent... On réalise qu’on est nassés dans cette zone indus’. Encore un demi-tour : les Nationaux arrivent, les mailles du filet se resserrent... C’est la panique. La seule espèce d’issue consiste à traverser des parkings d’usines et à passer par les rails. Dans un mouvement de foule, et sous les gazs, on file sur les rails qui, de Dijon, mènent vers tout le Grand Est (Reims, Nancy,...). Dans notre misère on aura au moins réussi à bloquer le trafic pendant quelques minutes !
Le cortège se disloque, certains suivent les rails, beaucoup s’échappent par des parkings ou des entrepots. Un bonne partie du cortège traverse l’usine désaffectée d’Erhel Idriss, la même qui avait été occupée pendant plusieurs mois par ses ouvriers il y a quelques années. Une fois sortis de la souricière, tout le monde est déjà bien usé, mais il faut encore retourner en ville !

Retour au centre

Petit à petit, les différents groupes se réagrègent, on repart donc vers le centre en cortège. À République, pas mal de monde nous attend déjà, et on attend encore d’autres groupes. Pause goûter pour les plus prévoyants, et celles qui arrivent à trouver un magasin ouvert : beaucoup ont baissé le rideau. On a du mal à saisir pourquoi, vu l’absence quasi-totale de dégradations sur les commerces du centre depuis le début de ces 21 semaines de manifs GJ. Il faut croire que « la France a peur », les discours hallucinés de la Pref ont l’air de faire leur effet.
Après 20-30 minutes, tout le monde à l’air d’être là, la pause est finie ! On repart en ville par le boulevard de la Trémouille. Petite escarmouche vers le cellier de Clairvaux, où les trois CRS postés là se font bien allumer : ils sont aux première loges du feu d’artifice. Pas de quoi vous inquiéter pour eux : leurs deux heures d’acouphènes leur vaudront certainement des médailles et un mois d’ITT.

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On continue par les rue des Godrans, et la rue de la Lib’, jusqu’au palais des Ducs, qui se prend lui aussi quelques tirs de mortier. Plus loin, à Théâtre, on a droit à un de ces trop rares moments où les flics doivent rebrousser chemin en panique face à une charge des manifestants.

Pas le temps de faire pause, on continue vers le square des ducs, derrière la mairie. Là une partie des manifestants tente d’enfoncer les portes du Palais. On y croit presque en voyant que la porte de la brasserie des ducs est mal verouillée et qu’elle ne se maintient fermée que grâce aux vigiles (ou employés zélés) qui la poussent par derrière. Malheureusement les Nationaux arrivent au pas de course. Ils ne sont pas contents, ca se voit de loin. Nouveau gazage, sévère. Des gens courent dans toutes les rues, avec des flics de partout. Plusieurs personnes se font matraquer, notamment une médic’ qui se fait tabasser par le commissaire de Bartolo en personne (il aime ça le bougre !).

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Pour nous la manif’ se termine là mais c’est pas le cas de tout le monde. Comme la semaine dernière, des affrontements ont lieu devant le Boeuf Blanc, qui semble devenir la nouvelle cible à la mode des violences policières. Alors que des manifestants gardent l’entrée du restaurant les flics viennent au corps à corps, des chaises volent... Des affrontements continuent entre le Boeuf Blanc et la place de la République. Il semblerait que des personnes aient encore été arrêtées à ce moment là et quelqu’un s’est fait bien tabasser par les flics, qui l’ont laissé sur place.

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Pour finir, une petite observation : tout le long de la manif’, les Benallas municipaux, dont certains sont impliqués dans les polémiques de l’Acte XIII (bisous Samid) ont suivi la manif... en trotinette éléctrique. On a même pu en voir un au fond d’une poubelle renversée pour essayer d’éteindre le feu qui commençait à prendre. Après leur héroïque défense de Fort Alamo à coup d’extincteurs, le ridicule ne les a pas encore achevé...

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On fait le bilan

Dès la fin de la manif, et plus tard sur les réseaux sociaux, beaucoup de personnes ont exprimé le fait qu’elles regrettaient que le cortège ait prit la direction de la rocade, en affirmant que la violence des flics s’était lâchée du fait qu’on soit loin du centre-ville. Mais au vue des charges et des gazages de fin de manif, en plein centre, on a du mal a voir en quoi il constituerait un refuge.
Au contraire, on a trouvé ça bien de tenter des stratégies différentes du rituel tour du centre-ville. La rocade est une cible intéressante, même si elle est difficile à atteindre, les flics ayant tout le loisir de s’installer et de nous attendre... Peut-être qu’il faut tenter moins attendu ! Pourtant, le fait qu’un objectif simple émerge dans le coeur du cortège a quelque chose de rafraichissant après des semaines d’errances confuses.

La Préfecture annonce 7 interpellations, deux abribus, une banque, et une grille de parking dégradés. Le bilan des street médics n’est pas encore en ligne à l’heure où nous écrivons ces lignes (soirée du samedi 6). Dans le même communiqué préfectoral on relèvera deux curieuses formulations.

  • « Pour rappel, participer à une manifestation non déclarée expose à voir sa sécurité mise en péril par l’action de groupes violents déterminés à en découdre. » Est-ce ainsi que la Préfecture désigne ses propres hommes ?
  • « Prolonger sa participation alors même que le cortège a été noyauté par des individus habillés en noir et au visage dissimulé, c’est clairement prendre le risque de subir des violences. » On passera sur le « noyautage » (à partir de quelle proportion un groupe cesse d’en noyauter un autre ?), mais on n’oubliera pas ces menaces non masquées. On ne voit pas comment désigner un maintien de l’ordre par les menaces et la terreur (on parle de mortes, d’éborgnées, de mutilées) autrement que comme du terrorisme d’État.

=> RDV à la prochaine assemblée populaire lundi 8 avril à 19h aux Tanneries

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Des porteurs de gilets jaunes sur K-way noir


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