Récit d’une manifestation : une pride hors des normes à Dijon !



Ce samedi 25 juin, le collectif 25 Novembre, accompagné de personnes s’étant impliquées dans l’organisation depuis début juin, ont appelé à se retrouver pour la marche des fiertés. C’était une date nationale à laquelle les Dijonnais·es ont massivement répondu présent·es.

Le rendez-vous était donné à 13h30 place du 1er mai, avec l’objectif clair d’exprimer, ensemble, et fièrement : nos colères, nos révoltes, notre détermination et nos volontés de vivre et d’exister, qui sont plus fortes que tout. Dès 13h, les groupes affluent, arborant fièrement drapeaux, maquillages, chaussettes aux couleurs des différentes identités et communautés du sigle LGBTQIAP+.

Rapidement mais très sûrement, l’esplanade se remplit de personnes de tout genre, de tous les âges, bon ok beaucoup beaucoup de jeunes. On entend (beaucoup) des « c’est ma 1re pride, j’en reviens pas c’est génial ! ».

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Des personnes venues seules ont pu se retrouver pour marcher ensemble grâce à un lieu de rencontre dédié relayé par une annonce passée sur les réseaux sociaux.

Un cortège d’une centaine de personnes tout droit venues du festival La Poudrière aux Tanneries vient gonfler le rassemblement.

Il y a de la musique, on danse. Plus de 1000 personnes, on frissonne, c’est la puissance !!

À 14h, lancement de la marche avec annonce du parcours : 1er Mai, rue Monge, place Darcy, place Grangier, les Halles, Place de la Libération, pour finir Place du théâtre. On veut parcourir et colorer tout le centre ville sur notre passage. On rappelle qu’il s’agit d’une marche non déclarée, comme annoncé et expliqué en amont sur les réseaux sociaux.

Pourquoi ne pas déclarer ? Ou plutôt pourquoi devrait-on déclarer ? Les marches des fiertés découlent des émeutes de Stonewall de 1969, oui, des émeutes. Ensuite, toutes les dernières manifestations féministes ou queers déclarées à Dijon ont systématiquement vues leur parcours modifié au dernier moment par la préfecture de Côte d’Or, empêchant l’accès au centre ville. Nous voulons êtes vu·es, entendu·es, et accéder à l’espace public sans avoir à en demander l’autorisation.

Après un chant ayant fait vibrer et soudé le cortège, une reprise de l’Estaca (Lluis Llach, 1968) à la sauce Pride, la marche peut commencer. La tête de cortège s’élance sur les rythmes des percussions, avec son magnifique drap « Queer Revolution ». Dès le 1er pas hors de l’esplanade, une horde de CRS se déploie pour bloquer la rue de la Cité de la Gastronomie, et donc l’accès au centre ville.

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Nous ne voulons pas de confrontation, nous voulons une Pride dans laquelle chacun.e puisse se sentir suffisamment en sécurité pour s’exprimer, se réapproprier la rue ou encore créer du lien avec ses adelphes.

Le parcours se modifie et nous prenons la rue du pont des Tanneries, nous tentons, plus tard, une autre percée pour atteindre le centre ville, rue du petit cîteaux. Nouveau barrage de CRS. « Vous ne passerez pas », nous disent-ils. Le cortège repart alors rue Daubenton, et on comprend que le centre ville, ça ne sera pas pour aujourd’hui.

Ils renient notre droit de manifester, de nous montrer, de nous unir, d’exister. Quelle violence de la part de la préfecture ! Et pourquoi donc ?

Voici plusieurs théories, toutes à haut potentiel de probabilité :
- Hypothèse 1 : La préfecture protège le capitalisme.
Le préfet souhaiterait-il protéger le petit centre ville de bourgeois, les enseignes capitalistes qui prônent ce monde cis-hétéro-normatif destructeur de vies et de planète ? Sachant que H&M et d’autres marques ne se gênent pas pour avoir des vitrines aux couleurs du drapeau LGBTQIAP+ pour le mois de juin, autant dire que nos sentiments naviguent entre les sensations d’ironie et de foutage de gueule.

- Hypothèse 2 : La préfecture est jalouse.
Nous savons de source très protégée et introuvable (dont le surnom est PetitDoigt) que la préfecture et la Ville de Dijon ne sont J-A-M-A-I-S ravi.es que le Collectif 25 Novembre annonce une manifestation... à tel point que cette fois-ci, la nouvelle stratégie imaginée a été la suivante : proposer à une association locale non LGBTQIAP+ d’organiser une autre marche des fiertés, subventionnée directement par la Ville. Constatant l’échec de ce brillant plan machiavélo-pas-subtil, la préfecture a peut-être eu le seum, et a envoyé ses forces très armées pour empêcher les joies, rages, paillettes, chants de nos adelphes d’entrer en centre ville.

- Hypothèse 3 : La préfecture a eu peur.
Le contenu de l’arrêté préfectoral publié le 24 juin, la veille de la manifestation annoncée depuis le début du mois de mai témoignerait d’une légère fébrilité ? Le Collectif 25 Novembre y est décrit comme rassemblant « des individus à risque appartenant à la mouvance arnacho-autonome locale », dont les rassemblements donnent lieu régulièrement à « des dégradations de biens publics et privés »... et à « des violences contre les forces de l’ordre ».

Il semblerait ainsi que la préfecture soit atteinte de troubles de mémoire (mais n’hésitez pas à nous envoyer vos contre-indications à balekdetonavis[ ]riseup.net). De mémoire, ce sont les personnes LGBTQIAP+ qui subissent des violences, ne sont pas accompagné·es voire rejeté·es par le système médical, sont précarisé·es et dont les plaintes ne sont pas suivies par la Police. De mémoire, ce sont des lesbiennes et des trans qui ont été agressées par des fascistes, en plein Dijon, le 31 janvier 2021, et qui ont ensuite été gazé·es et repoussé·es loin de la République par la Police. De mémoire c’est aussi un·e travailleur·euse du sexe de PDA, association bisontine, qui a été agressé·e violemment, pour ensuite voir sa plainte ignorée par la Police et la Justice, en dépit des témoins et séquelles physiques importantes. De mémoire, les seules dégradations sont faites à partir d’autocollants et de colle à papier.

Mais peut-être que votre fragilité vous rend insupportable la vision de nos corps libéré·es et uni·es, et l’écoute de nos rages et de nos joies ? Ouin-ouin.

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Votre cité de la gastronomie ne nous intéresse pas, ni vos murs, ni la statue des allées du parc qui a fièrement été protégée contre une batucada, des pancartes, des chants, des paillettes, un vélo sono par 13 camions de CRS vénèrement armés. Nous étions en parfait droit de marcher dans le centre ville, visibles et audibles de toustes dans une société qui nous mutile, nous silencie, nous agresse, nous tue, nous précarise.

Nos textes, nos corps, nos vies toutes entières heurtent leur sensibilité, font saigner les yeux et oreilles de la Préfecture et de la Mairie. Déso, pas déso.

Nos vies sont en jeu, ce n’est pas 13 camions de CRS effrayés qui vont nous arrêter. Après la rue Daubenton, nous tournons sur Charles Dumont, avec Wilson pour objectif, loin des voitures vers lesquelles la Préfecture pousse une foule de plus de 1000 personnes (leur objectif c’est la sécuri-quoi ?). De très nombreux-euses habitant·es nous font des signes depuis les balcons, font preuve de soutien, applaudissent et dansent sur les rythmes de la batucada endiablée.

Nous arrivons sur la Place Wilson pour entendre les prises de paroles qui étaient prévues sur plusieurs arrêts tout le long du parcours. La foule s’étend sur la place, les slogans et la musique s’entremêlent. Sur le kiosque, place aux prises de parole.

Le collectif parisien Décolonisons le féminisme, présent à Dijon pour le weekend avec le festival La Poudrière, a soutenu l’émergence d’une parole de personnes LGBTQIAP+ racisées dijonnaises. Les revendications fusent, la colère et l’envie d’agir contre les discriminations dont iels sont victimes sont poignantes : iels appellent à créer une organisation dijonnaise en mixité choisie sans personnes blanches, et sont applaudi·es à tout rompre / tout casser par les manifestant·es.

Le FLIRT, collectif parisien de soutien entre femmes trans, prononce un discours qui enflamme le coeur et la rage : comment être fier·e et faire une marche des fiertés quand le reste du temps c’est la peur au ventre, la précarité et les violences systémiques et d’Etat ? Un mot d’ordre : organisez-vous !

Pour soutenir le travail de ce collectif, le lien de leur cagnotte qui sert à payer des logements pour les transfem les plus précaires, des séances de psy pour le soin, pour les dépenses médicales.

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Les prises de parole sur la place Wilson se concluent par un rap hyper puissant aux couleurs de la communauté LGBTQIAP+.

PRIDE EN POUDRE :
 
Pride, Marche des fiertés,
Une journée dans l’année pour se visibiliser
Pour se sentir exister, prendre la place,
Chanter, danser, crier
Exprimer nos couleurs et nos identités
Une journée par an et l’état est content
Tant qu’on nous entend pas les 364 jours restants.
Mais putain, t’as cru quoi ? Qu’on allait s’en arrêter là ?
Nous contenter, et t’laisser penser que t’as fait ta B. A.
Béaba : la pride, c’est pas que ça.
On vient aussi défoncer le cis-hétéro-partriarcat.
C’est pas qu’la question de qui t’aimes, il faut revoir tout le système.
Montrer qu’l’intime est politique, l’oppression s’joue même quand tu niques.
La rage : sous les paillettes la rage !
La rage : sous l’arc-en-ciel, la rage !
La rage : dans nos micros, la rage !
Mettre le feu au poudre, laisser sortir la rage !
 
Y en a assez, assez, assez d’cette société
Qui ne respecte pas les trans, les gouines et les pédés,
Y en a assez, assez, assez d’cette société
Écrasés, réduits en poudre, celle qui va tout péter !
 
Y en a assez, assez, assez d’cette société
Qui ne respecte pas les trans, les gouines et les ,
Y en a assez, assez, assez d’cette société
Écrasés, réduits en poudre, celle qui va tout péter !
 
Pas d’fumée sans feu
Pas de cessez-le-feu
On fait nos adieux à ce monde miteux,
Miteux, miteux, miteux
Même bien lubrifié•es, on rentr’ pas dans l’moule
Range tes p’tits drapeaux, ta mairie d’fachos
Ouais, un jour par an, on devient marrant
Nous, c’est toute l’année qu’on sort des carcans
 
Dans la testo, la rage
Dans les oestros, la rage
Dans les opé, la rage
Dans nos coeurs, l’orage
 
Si l’humanité is the sky,
L’hétérosexualité is the limit
Limit
 
Anxiété dans société, où s’assumer n’est pas aisé.
Nos diversités n’sont jamais citées,
Sans cesse invisibilisé.e.s.
Vois-tu l’énorme, tourment causés par les normes ?
Ni homme, ni femme, c’est pas un drame.
P’t-être même une fierté grâce à la communauté.
La famille s’agrandit ! Omowi !
Ensemble on s’épanouit ! Omowi !
C’est où la fête ? sous l’Arc-en-Ciel
Au fait, moi c’est iel.
Une recommandation, autodétermination,
On est déter’ face à l’oppression !
Au feu, les fachos, votre haine vous brûle.
Au feu, les fachos, on aura votre peau !
 
Y en a assez, assez, assez d’cette société
Qui ne respecte pas les trans, les gouines et les pédés,
Y en a assez, assez, assez d’cette société
Écrasés, réduits en poudre, celle qui va tout péter !
 
Pas facile de trouver l’amour Quand on s’aime pas soi
J’refuse d’être limitée. On m’dit de décider
Moi, j’veux juste de l’amour en illimité
Par ici, les indécidés, on va s’amuser
 
Marie-ci, baise-ça, surtout sois pas toi
Fini d’se cacher, l’amour est à volonté
Pour une nuit ou pour la vie,
Si c’est consenti, on peut faire ami-ami
 
Étalon, ou pas, c’est pas c’que t’as dans le pantalon
Qui me fera craquer pour toi, eh non, eh non
Mais charmante, tu manies le joystick de la vie
Qui me fait dire oh oui, oh oui, OH OUI !
 
De Mario à Marianne, ça peut se finir au lit
Ou devant le maire, comme tu préfères
Désolée Marion, j’supporte pas l’homophobie,
Pas facile de trouver d’l’amour pour toi et tes amis
 
Y en a assez, assez, assez d’cette société
Qui ne respecte pas les trans, les gouines et les pédés,
Y en a assez, assez, assez d’cette société
Écrasés, réduits en poudre, celle qui va tout péter !
 
Ça fait pas si longtemps qu’être gouine n’est plus considéré
Par la loi comme un crime de lèche-majesté.
À l’époque où je suis née, on finissait à l’HP,
Sous prétexte de perversité.
Et pourtant, aujourd’hui, c’est pas encore gagné,
Sortir du chemin tout tracé de l’hétéro-normativité.
On est encore méprisé.e, jugé.e, on essaie même de nous soigner,
Les thérapies de conversion viennent seulement d’être prohibées
Toi le catho qui fait sa manif en rose et bleu,
Toi le facho qui trouve tout ça tellement scandaleux,
Mais toi, en fait, t’es qui pour décider qui m’fait jouir
Mais tu t’prends pour qui pour choisir qui j’ai envie de séduire
Toi la voisine qui m’trouve chelou sans mari, sans enfant.
Toi, le politicien qui se prétend bien pensant.
Je baise avec qui j’veux et comme je veux, tu m’entends ?
Et je t’emmerde, et je t’emmerde...
T’imagines pas comment !
 
Y en a assez, assez, assez d’cette société
Qui ne respecte pas les trans, les gouines et les pédés,
Y en a assez, assez, assez d’cette société
Écrasés, réduits en poudre, celle qui va tout péter !

Après ce moment de puissance et de partage, le cortège se remet en route. Les allées du parc se remplissent du son de la batucada, des slogans et des chants. D’ordinaire on évite ces allées, si grandes et bourgeoises, mais là, à plus de 1000 personnes qui crient / dansent / chantent, on se sent bien et ravi·es de marcher sous les seuls arbres préservés de la politique de bétonisation de notre très peu cher maire.

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Nous avançons joyeusement vers le premier rond-point, avant d’atteindre la rue Chevreul, quand soudain, 13 camions de CRS nous dépassent aussi très joyeusement, comme pour encore une fois nous empêcher d’avancer. Le cortège est stoppé en attendant d’évaluer la situation, et la tête se met soudainement à chanter furieusement un air dijonnais désormais bien connu « À bas l’état policier, à bas l’état policier... Àààà bas l’État ! ». Nos très chers ennemis de la BAC viennent à notre rencontre quelques minutes plus tard, en nous donnant une information saugrenue : « allez-y, avancez, avancez, on ne vous bloquera pas, on est là pour protéger la statue ». La statue, plus que la foule de queers obligées de marcher hors rues piétonnes du centre ville, poussé·es à la marge loin des regards des passant·es. Des indications paradoxales et confusantes après une démarche d’intimidation, plutôt qu’un dialogue conciliant et à l’écoute de nos colères légitimes.

Et ce n’est pas terminé. Une fois le rond-point passé, la traversée de la rue Chevreul faite, la Police réitère, nous double de nouveau, et part se mettre sur notre chemin, à quelques centaines de mètres, devant notre objectif final : le Parc de la Colombière. Ils n’auront su faire que ça : ne pas être à la hauteur, ne pas soutenir, empêcher, intimider. Nous les avions pourtant prévenus de notre volonté de finir devant le Parc, faute de meilleure miette laissée par la Préfecture et la Mairie, et cela ne contrevenait pas à leur objectif d’évacuation du parc pour l’alerte orages : tout n’a été, jusqu’au bout, que prétexte à l’étouffement de nos libertés.

Le cortège déborde la seule voie de droite de la route, et toute la foule qui marchait sur le trottoir envahit désormais toute la route. Malgré la ligne de CRS clairement déployée, la foule avance encore de quelques mètres, encouragée par les mégaphones, le vélo-sono et la batucada. Le cortège de tête dansait joyeusement, sans menaces, quand la première sommation a été donnée. Le cortège s’arrête à quelques dizaines de mètres de la ligne de CRS, et 300 personnes s’assoient sur le goudron, entourées par quelques centaines d’autres personnes.

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Les dernières prises de parole. Justement, un texte remet à sa place l’extrême droite et la police, exigeant une remise en question totale de ses pratiques, individuelles et collectives, pour que tout le monde ne déteste plus la police, ou sinon pour la fin de la police. C’est finalement le Collectif 25 Novembre qui prend la parole pour conclure cette marche mais pas la lutte : on s’est rassemblé·es et organisé·es pour revendiquer et exiger nos droits, résister, prendre soin, imaginer détruire les chaînes qui nous entravent. On se donne de la force, on brise la solitude parfois imposée par cette ville trop blanche, trop normée, ignorante et aveugle sur les diversités... Peut-être un/des regroupement·s en émergeront, sous différentes formes. Une pride en poudre comme disaient les rappeureuses : des paillettes pour la joie, de la poudre à canon pour la colère, mais il y a encore tant d’autres choses à créer et à penser avec cette poudre qui s’est déposée sur nos corps et dans nos coeurs. La poudre c’est le départ de quelque chose, la poudre, ça laissera des traces...

Dijon a vibré, et nous avec, sous les pas enragés et joyeux des dijonnais·es Queer ! Quelle sera la suite ..?

Extrait de la prise de parole du Collectif 25 Novembre
"Cela fait 53 ans depuis Stonewall, ne l’oublions pas : c’était une émeute !

Aujourd’hui cette date clef de la marche des fiertés est souvent réduite à un évènement uniquement festif. La pride n’a pas pour origine la fête, elle doit aussi être politique et revendicative, elle doit bousculer, elle doit tout retourner.

Regardez à Dijon ! Avant 2020 et la Pride organisée en autogestion par notre collectif, il n’y avait rien eu depuis des années, aucune manif LGBTQIAP+ dans les rues de Dijon. Il n’existait aucune organisation de type INTER-LGBT qui proposait une marche des fiertés dépolitisée. Et comme par hasard, un an après notre PRIDE de feu en 2020, une PRIDE institutionnelle a été organisée en 2021, subventionnée par la Ville de Dijon et son maire aux dents qui rayent le parquet. Rebsamen, l’ami des personnes LGBTQIAP+ ? Laissez nous rire.

Cette PRIDE de 2021, bien que absolument indispensable pour des dizaines de jeunes queers dijonnais·es pour qui c’était leur première PRIDE, n’a pas su tenir cette relève à la hauteur de nos luttes, de nos colères, de nos vécus. Aux couleurs pinkwashées du libéralisme gay blanc et bourgeois, cette pride honteuse a repris l’élan initié par notre collectif et toustes celleux qui l’ont accompagné pour reprendre la rue, fièrement, en 2020.

En 2021, cette pseudo inter-lgbt locale a proposé une déambulation de 900 mètres, hors centre ville, sans slogans, sans donner la parole aux concerné·es, sans politique, avec un char NRJ crachant de la musique commerciale, et avec uniquement des élus de la ville où des représentant·es d’associations ou syndicats non concerné·es derrière la banderole de tête.

Et vous savez quoi ? Ils veulent recommencer.

Alors que notre Pride est annoncée depuis 2 mois sur tous les réseaux, il y a 4 semaines, vous savez ce qui a été décidé en catimini ? Il y aura une contre-pride institutionnelle à Dijon en septembre. Non content.es d’avoir récupéré la forme de notre Pride de 2020 en la dépolitisant, en la vidant de sa joie révolutionnaire, la pseudo inter-lgbt de Dijon, qui n’est d’ailleurs composé d’aucune asso LGBTQIAP+ de concerné.es, a décidé de faire une deuxième pride en septembre. Cette pride est déjà subventionné par la mairie. Il y a déjà un nouveau contrat avec NRJ. Que croient-ils donc ? Que nous n’allons rien dire et rien faire ?

François Rebsamen, dégage. Dégage de nos luttes queers. Et aussi dégage des Lentillères.
Manu, qui vend la Pride et la lutte LGBTQIAP+ dijonnaise à la mairie et à NRJ : arrête ton cirque, annule ta pride, et viens plutôt ici, hors libéralisme bourgeois !

Voilà pour Dijon. Et si on passait à la France ?

Chère France de merde. Nous, personnes LGBTQIA+, refusons d’être les jouets de ton agenda raciste et islamophobe. Maintenant que les LGBTphobies sont en partie reconnues par l’État, tu voudrais nous faire croire que seules les personnes non-blanches sont homophobes et transphobes. Que le sexisme, l’homophobie, la transphobie se manifestent spécifiquement dans certaines banlieues et sont le fait des noir-e-s, des arabes et des classes populaires. Bien au contraire ! Nos oppressions traversent l’histoire passée et présente de la France : elles sont systémiques et sont d’abord produites et légitimées dans les cercles de pouvoir.

En France le gouvernement souhaite qu’il y ait une opposition entre les militants et militantes LGBTQIA+ et les militants et militantes antiracistes. Nous ne jouerons pas ce jeu-là. Déjà, parce qu’il y a des gouines, des bi-e-s, des gays, des trans et des inter qui sont aussi noir-e-s et arabes ! Ensuite, parce que nous sommes solidaires avec les personnes qui subissent le racisme partout dans le monde, et notamment celles qui sont exposées aujourd’hui au racisme d’Etat français.

53 ans après Stonewall nous avons arraché quelques droits par la lutte, mais le combat n’est pas terminé. La société raciste, capitalo-patriarcale nous marginalise, nous humilie, nous harcèle, nous mutile, nous tue, et en plus elle récupère nos luttes.

L’émancipation est impossible sans une rupture révolutionnaire ! Nos luttes queer s’ancrent dans une réalité concrète : NOS VIES SONT EN JEU.

[...]

Le vieux monde veut notre mort. Chaque jour nous sommes violé.e.s, agressé.e.s, tué.e.s. Chaque jour notre rage redouble. La société nous méprise. Nous ne demanderons plus poliment. Nous existerons, et ce droit d’existence nous l’arracherons. Nous sommes vivant.e.s.

Bien sûr que nous avons peur. La peur est l’arme du système hétéro-cis-patriarcal blanc, elle est partout, et nous la portons en nous chaque jour. Nous nous battons pour nos vies, pour ne pas mourir.
Cette lutte nous unit, nous unira toujours. Bien sûr que nous avons de la peine, bien sûr que nous avons de la haine.

Nous portons en nous une violence cadenassée, à la fois produite et niée par un système afin de nous rendre dissocié.es. Nous sentons que nous sommes sur la brèche entre une force enragée et le respect des normes que nous craignons car elles nous camisolent.

Nous avons besoin d’une meute, une meute organisée pour résister, prendre soin, et élaborer des plans pour imaginer détruire les chaînes qui nous entravent. Dans la meute, nous parlons de nos souffrances, individuelles et collectives, et nous socialisons nos colères, pour agir à plusieurs, plus fortes de nos émotions communes. Émeute, c’est étymologiquement être émues en meute. Chacun·e porte en soi et vit avec cette émeute. Nous serons ensemble des émeutières !

Aujourd’hui, nous là pour montrer qui nous sommes avec fiertés, et pour montrer que nous sommes là. Il y a bien des lesbiennes, des trans, des gays, des intersexes, des pans, des non-binaires, des queers, des asexuel.les à Dijon. Certain.es d’entre nous sont aux Tanneries en ce moment, au festival La Poudrière. Venez, rencontrons nous, et créons des collectifs queers trans lesbiens partout dans Dijon !

Nous vous remercions d’être là. Cette pride nous donne de la force collectivement et individuellement. Nous sommes heureux.ses d’avoir pu sortir dans la rue avec vous. Cette journée marque les prémices de la lutte LGBTQIA+ qui va s’organiser et émerger à la rentrée sur Dijon.. La honte et la peur vont changer de camp ! Vous êtes magnifiques ! Soyez fier.es et rayonnez, nous serons là pour rayonner avec vous."



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